La Corée du Nord serait-elle à la veille de produire ses propres armes nucléaires? Le pays de Kim Jong-il a récemment fait visiter une usine nucléaire à un scientifique américain, avec des installations potentiellement capables de produire l'uranium enrichi nécessaire à la production d'armes nucléaires. Une prétention à prendre au sérieux, notent les experts, mais qui ne signifie pas que les bombes sont déjà prêtes à être lancées.

Publié le 23 nov. 2010
Judith Lachapelle LA PRESSE

Q: Quelles sont les prétentions de la Corée du Nord concernant la fabrication d'armes nucléaires?

R: Un scientifique américain de l'Université de Stanford, Siegfried S. Hecker, a été invité en novembre par la Corée du Nord à visiter un site d'enrichissement d'uranium. Dans une entrevue au New York Times, le professeur Hecker dit avoir été étonné par les équipements sophistiqués de l'usine, dont des «centaines et des centaines» de centrifugeuses commandées par une «salle de contrôle ultramoderne». Selon les Nord-Coréens, 2000 centrifugeuses, destinées à produire de l'uranium faiblement enrichi pour alimenter un nouveau réacteur expérimental à eau légère actuellement en construction, ont été installées et mises en activité.

Q: Y a-t-il des preuves que la Corée du Nord est en mesure de faire fonctionner ces équipements?

R: Le professeur Hecker, qui a fait part de ses observations à la Maison-Blanche, précise qu'il n'a pas pu prendre des photographies de l'usine d'enrichissement d'uranium. Il n'a pas pu non plus vérifier s'il était exact que l'usine avait déjà commencé à produire de l'uranium enrichi. Il dit même douter que la Corée du Nord réussisse à construire le réacteur à eau légère pour utiliser le carburant.

Q: Faut-il prendre ces prétentions au sérieux?

R: Le porte-parole du département d'État américain, Philip Crowley, a qualifié la visite offerte au scientifique américain de «coup publicitaire». Pour Scott Snyder, directeur du Centre d'études politiques États-Unis-Corée à la Asia Foundation, il faut se fier aux observations rapportées par le professeur Hecker. «Les Nord-Coréens font clairement du progrès vers l'enrichissement d'uranium, mais nous ne savons pas s'ils choisiront de produire des armes», dit cet expert joint par La Presse hier par courriel. «La Corée du Nord cherche à augmenter ses capacités, mais sa compétence pour produire du matériel de fission nucléaire prendra encore du temps (des mois), et il est important de noter que les Nord-Coréens ont pris la décision de permettre à des Américains de visiter le site, ce qui veut dire qu'ils pourront ultérieurement avoir des intentions ou des attentes concernant l'effet de ces révélations.»

Q: Quels effets pourraient avoir ces révélations sur les relations entre les États-Unis, la Corée du Nord et les autres membres du Groupe des Six (Corée du Sud, Russie, Chine et Japon), dont les négociations visent à aider financièrement la Corée du Nord en échange de l'abandon de ses ambitions nucléaires?

R: Hier, la Maison-Blanche a accusé la Corée du Nord de contredire ses engagements pris en 2005. «En ce moment, dit Scott Snyder, il n'y a plus de négociations avec les Nord-Coréens puisqu'ils n'ont pas signalé d'engagement tangible à la dénucléarisation, condition essentielle pour un retour aux pourparlers avec les Six. Les Nord-Coréens semblent déterminés à poursuivre la fabrication d'armes nucléaires. Les États-Unis et la communauté internationale devront travailler plus fort pour trouver des façons efficaces de stopper et renverser le programme nord-coréen.» Selon l'analyste David Albright, interrogé par l'AFP, Pyongyang pourrait vouloir se créer une nouvelle marge de manoeuvre pour marchander dans le cadre des pourparlers à six.

Avec le New York Times et l'AFP.