Le dernier dictateur d'Argentine a été de nouveau reconnu coupable de crimes contre l'humanité, jeudi, et a été condamné à 15 années de prison supplémentaires pour avoir mis sur pied un centre de torture secret dans un hôpital lors du coup d'État de 1976.

Michael Warren ASSOCIATED PRESS

Reynaldo Bignone a personnellement supervisé la prise de l'hôpital Posadas de Haedo de la province de Buenos Aires, il y a 35 ans, dirigeant les soldats dans les chars et dans les hélicoptères pour retrouver les membres du personnel médical qui auraient soigné des guérilleros. L'armée a relâché tous les médecins et les infirmières, mais a gardé certains employés pour les interroger, notamment le directeur médical de l'établissement. Onze employés de l'hôpital sont disparus.

Le procès de Reynaldo Bignone concernait 21 cas d'enlèvement et de torture, notamment deux victimes qui ont été tuées et qui sont disparues aux mains d'un groupe civil appelé SWAT et placé sous le commandement de l'armée de l'air. Les hommes de main de ce groupe se sont installés dans la maison du directeur de l'hôpital pour interroger le personnel.

Certains de ces crimes seront jugés lors d'un deuxième procès imminent impliquant le même hôpital.

Reynaldo Bignone était le responsable des affaires sociales de la junte au pouvoir à l'époque. Il est ensuite devenu président de la junte de 1982 à 1983, une période pendant laquelle il a ordonné la destruction de nombreuses preuves sur les détentions illégales et les disparitions et où il a décrété l'amnistie pour les militaires.

L'ancien dictateur, aujourd'hui âgé de 85 ans, a déjà été condamné à la prison à vie pour d'autres enlèvements et actes de torture survenus dans la province de Buenos Aires, notamment dans un centre de torture établi dans la base militaire de Campo de Mayo. Il est aussi jugé avec l'ancien dictateur Jorge Videla pour avoir supervisé un plan systématique visant à voler les bébés des femmes enceintes détenues.

Dans sa défense, Reynaldo Bignone a affirmé que ses actions étaient justifiées parce que l'Argentine était en guerre contre des rebelles de gauche armés.

Un rapport officiel a déterminé que le régime avait tué environ 13 000 personnes, tandis que les organisations de défense des droits de la personne estiment le nombre de victimes à au moins 30 000.

Depuis que la démocratie a été rétablie en Argentine, 268 personnes ont été condamnées pour crimes contre l'humanité et plus de 800 autres ont été formellement accusées, selon le gouvernement.