Quatre otages des FARC ont été tués samedi par cette guérilla marxiste au milieu de combats avec l'armée dans le sud de la Colombie, selon le gouvernement qui a annoncé en fin de journée la découverte d'un cinquième otage, vivant, qui a profité de l'opération pour s'enfuir.

Jose Bautista AGENCE FRANCE-PRESSE

Selon le ministre de la Défense Juan Carlos Pinzon, les quatre hommes ont été «assassinés» au milieu de combats opposant les FARC à l'armée qui les recherchait, samedi en début de matinée.

Parmi eux figure le plus ancien otage des FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie), le militaire Jose Libio Martinez, enlevé il y a 14 ans.

«Des combats ont éclaté», a expliqué M. Pinzon. «Quelques minutes après ces affrontements, quatre cadavres ont été découverts (...) trois avec des balles dans la tête et l'autre avec des balles dans le dos».

Toutefois, «nous avons une bonne nouvelle pour le pays: le sergent Luis Alberto Erazo Maya, otage depuis plus de douze ans, a été retrouvé vivant», a déclaré à la presse quelques heures plus tard le ministre de la Défense.

«Lorsqu'il a entendu les premiers tirs (liés aux combats) le sergent Eraso a pris la décision de s'enfuir. Il s'est réfugié dans la jungle», a précisé Juan Carlos Pinzon.

Le policier a été poursuivi dans sa fuite par «trois terroristes de cette organisation des Farc, qui lui ont même lancé des grenades, lui causant des blessures au visage», a encore indiqué le ministre en évoquant aussi d'autres atteintes «à son intégrité physique».

L'otage a ensuite réussi à se cacher et a finalement pu contacter des troupes de l'armée, en début de soirée.

«Toute sa famille est heureuse. Même si sa femme l'avait quitté avant l'enlèvement, deux filles l'attendent avec impatience (...) dont une qui fête ses 16 ans aujourd'hui», a déclaré Flor Erazo, une des soeurs de l'otage à la radio colombienne RCN.

Gisella, sa fille, a pour sa part assuré que c'était «le plus beau jour de sa vie».

Les quatre autres otages, trois policiers et un militaire, avaient été enlevés il y a douze, treize et quatorze ans.

Il s'agit du sergent de l'armée Jose Libio Martinez Estrada enlevé le 21 décembre 1997 et qui n'avait pas vu naître son fils, Johan Steven, aujourd'hui âgé de 13 ans.

Un autre des otages tués est Edgar Duarte Valero, capitaine de police, enlevé le 14 octobre 1998 dans le département de Caqueta (sud-ouest), et dont la fille Viviana était âgée de deux ans lors de son enlèvement.

Le sergent de police Elkin Hernandez, la troisième victime, avait aussi été enlevé le 14 octobre 1998 et le lieutenant de police Alvaro Moreno avait été enlevé le 9 décembre 1999, dans le même département.

Juan Manuel Santos, le président colombien, a évoqué «un crime atroce, méritant d'être dénoncé par l'ensemble des Colombiens et la communauté internationale».

Les Farc, fondées en 1964, et qui n'avaient pas encore réagi samedi soir, détenaient jusqu'à samedi 18 policiers et militaires, qu'elles présentaient comme des «otages politiques», échangeables contre quelque 500 de leurs combattants emprisonnés.

L'annonce de la mort des otages a suscité de vives critiques de la part de l'Association de défense des familles d'otages, Asfamipaz, opposée aux interventions militaires.

«Chaque jour notre douleur est plus vive», a souligné Marleny Orjuela, sa présidente: «Quel manque d'humanité de la part du gouvernement et de la guérilla !».

«Ces tentatives de libération sont extrêmement risquées pour les otages», a déclaré à Radio Caracol l'ancien otage Luis Eladio Perez: «C'est jouer avec la vie des otages».

«Il ne faut qu'un peu de bon sens pour faire peser toute la responsabilité (de leur mort) sur ceux qui les ont enlevés» et qui «aujourd'hui ont appuyé sur la détente», a pour sa part estimé M. Santos.

L'opposition (Pôle démocratique alternatif, gauche) a quant à elle souhaité une «politique de paix» et «une négociation politique autour du conflit armé, qui en finisse avec la violence irrationnelle et les assassinats».