Plus d'une centaine de passagers d'Air Transat sont restés en plan, mercredi, à Port-au-Prince, parce que leur avion est parti sans les attendre. Le transporteur invoque le chaos qui régnait à l'aéroport au lendemain du passage de l'ouragan Irene pour expliquer sa décision de faire décoller son appareil même si plusieurs passagers attendaient toujours d'y monter.

Pierre-André Normandin LA PRESSE

En vacances dans son île natale depuis deux semaines, Berthilde Auguste explique qu'une extrême confusion régnait mercredi après-midi à l'aéroport Toussaint-Louverture. Trois compagnies aériennes tentaient d'inscrire en même temps leurs passagers au seul comptoir d'embarquement disponible.

Alors qu'elle faisait la queue depuis plus de trois heures pour monter à bord du vol TS665 d'Air Transat, Mme Auguste s'est soudain inquiétée quand elle a constaté que les employés du transporteur avaient disparu. Son inquiétude s'est vite transformée en colère quand elle a vu sur la piste un Airbus à la queue bleue prendre son envol.

Berthilde Auguste est loin d'être la seule à avoir raté son vol pour Montréal. Air Transat confirme que 120 passagers n'ont pu monter à bord. Parmi eux, la fille de Murielle Chatelier, âgée de 9 ans, qui devait rentrer de vacances. «Je suis inquiète, c'est Haïti, quand même. Si c'était en France, je le serais moins. C'est très bizarre qu'on laisse des personnes au sol et qu'on en prenne seulement quelques-uns», s'est indignée Mme Chatelier.

«À cause de l'ouragan Irene, tous les vols du 23 août ont été annulés et remis au lendemain. Alors, mercredi, la situation était totalement chaotique à l'aéroport de Port-au-Prince», explique Debbie Cabana, porte-parole du transporteur.

Comme tous les mercredis, l'avion d'Air Transat s'est posé à 14h sur la piste de l'aéroport Toussaint-Louverture. Mais, deux heures et demie plus tard, seulement 220 personnes avaient réussi à enregistrer leurs bagages et à monter à bord. «À l'heure prévue du décollage, notre équipe au sol a estimé qu'elle aurait besoin de plusieurs heures encore pour enregistrer tous les passagers. On a dû prendre la décision de fermer le vol parce qu'on a des impératifs opérationnels majeurs», a poursuivi Mme Cabana.

La porte-parole n'a pu préciser quels étaient ces «impératifs opérationnels majeurs». Elle a toutefois affirmé: «Si on avait eu un délai supplémentaire, l'avion aurait pu ne pas partir du tout.»

À 17h05, le vol TS665 a donc décollé avec une heure de retard, sous l'oeil médusé de 120 personnes.

Les voyageurs abandonnés déplorent le comportement du transporteur, qui a fermé le vol en catimini, sans aucune explication. Une cinquantaine d'entre eux se sont rendus hier à l'ambassade du Canada à Port-au-Prince pour demander l'aide du gouvernement. Certains sont ensuite allés porter plainte contre Air Transat au commissariat de police. À leur retour au Canada, plusieurs comptent bien poursuivre le transporteur pour obtenir un dédommagement.

«Il y a des passagers qui ont raté du travail, qui ont manqué des rendez-vous importants», s'indigne Berthilde Auguste. Elle était d'autant plus ulcérée qu'Air Transat lui aurait d'abord proposé de rentrer par un autre vol régulier... le 28 septembre. «Je travaille lundi!», s'est-elle emportée mercredi soir, au bord du désespoir.

Air Transat nie avoir proposé un tel arrangement à ses passagers. Debbie Cabana a assuré à La Presse que l'un de ses avions se rendrait ce matin à Port-au-Prince pour récupérer les passagers «laissés au sol». L'appareil doit quitter Port-au-Prince à 10h20 et se poser à Montréal-Trudeau à 15h55.

L'ouragan Irene, de catégorie 2, a balayé le nord d'Haïti en début de semaine. Mardi, tous les vols en partance ou à destination de Toussaint-Louverture ont dû être annulés. Mercredi, la majorité des vols ont décollé avec des retards de plus de 45 minutes, selon les données des autorités aéroportuaires haïtiennes.