Juan-Manuel Santos a encore creusé l'écart le séparant de son rival dans la course à la présidentielle en Colombie, Antanas Mockus, à moins de dix jours du scrutin, s'entourant d'une grande coalition et allant jusqu'à emprunter le programme de son adversaire.

Mis à jour le 11 juin 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

L'ex-maire de Bogota Antanas Mockus, sonné par des résultats au premier tour du 30 mai bien en-dessous des prévisions des sondages, avec 25 points en moins que son adversaire (46,6% des voix contre 21,5% pour l'ex-maire) ne semble pas s'être remis.

Selon une enquête d'opinion publiée jeudi soir, l'ex-ministre de la Défense Juan-Manuel Santos l'emporterait avec 66,5% des voix le 20 juin, contre 27,4% pour son rival, un mathématicien formé en France, qui s'est fait notamment connaître en baissant son pantalon devant des étudiants.

«L'avantage de Santos sur Mockus, de près de 39 points, est très large ce qui permet de prévoir qu'il sera le nouveau président de Colombie», a estimé le directeur de la société qui a réalisé cette enquête, Invamer Gallup, Jorge Londono.

Depuis le premier tour, l'ex-ministre de la Défense et dauphin du président Alvaro Uribe, s'est assuré du soutien de deux partis de la coalition sortante qui avaient présenté des candidats au premier tour: Cambio Radical (droite), de même que le Parti conservateur. Une partie des élus du Parti libéral (centre-gauche) a également choisi de le rejoindre.

Seul le Pôle démocratique alternatif (gauche) dont le candidat Gustavo Petro avait obtenu 9% des voix, est resté en dehors de cette grande coalition.

Antanas Mockus, lui, ne s'est pas allié à ce dernier, en dépit d'idées souvent proches.

«Dans l'imaginaire collectif, un candidat (Santos) l'a déjà emporté et il n'y a plus rien à faire», déclare à l'AFP le politologue Fernando Giraldo.

Le candidat du Parti social d'union nationale (Partido de la U, droite) qui organise sa campagne depuis près d'un an, a en outre réussi à retourner contre son adversaire ses arguments en faveur d'une société colombienne délivrée de la corruption, dans laquelle «la vie est sacrée», «la fin ne justifie pas les moyens», débarrassée de la «culture du narcotrafic».

«Les Colombiens sont éminemment bons». «Vous n'êtes pas le seul propriétaire de l'honnêteté», a asséné Juan-Manuel Santos à Antanas Mockus, lors d'un débat télévisé jeudi soir, après que ce dernier l'eût accusé d'être entouré de «corrompus».

M. Santos a pour sa part inclus dans un grand «accord d'unité nationale», certaines des propositions de son adversaire, en particulier en faveur de la transparence et de la lutte contre la corruption. «Vous êtes seul, moi j'aime unir le pays», lui a-t-il dit.

Le candidat du Parti Vert, un temps porté par une vague d'enthousiasme qui agitait des milliers de tournesols, symboles de vie, à tous ses meetings, n'a pas vraiment répondu.

Le soir du premier tour, Antanas Mockus avait aussi laissé entendre que les électeurs de Juan-Manuel Santos avaient «vendu» leurs voix. «Un discours qui divisait au lieu d'unir», assure un des conseillers de l'ex-ministre.

Il a d'autres vents contraires devant lui, selon les analystes, qui prennent la forme d'un ballon rond.

Alors qu'il comptait sur les abstentionnistes (49% au premier tour), ces derniers risquent d'être détournés de la politique par une des plus grandes passions des Colombiens: le football, avec le début vendredi du Mondial 2010.

«Mockus devra faire un effort extraordinaire pour séduire les électeurs et les décoller de leurs téléviseurs pour qu'ils le soutiennent», a estimé le politologue Daniel José Duarte.