Le chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos, a défendu mercredi sa politique de rapprochement avec le régime communiste de Cuba jugée complaisante par des opposants cubains.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Le ministre socialiste des Affaires étrangères, critiqué pour ne pas avoir rencontré les dissidents lors de son voyage à La Havane les 18 et 19 octobre, a estimé devant les députés que cette politique donnait des «résultats». Il a notamment déclaré que le nombre de prisonniers politiques dans l'île communiste était passé ces dernières années «de 300 à 200».

«Le gouvernement a un énorme respect pour l'opposition et les opposants, a déclaré M. Moratinos, ajoutant que l'ambassade d'Espagne à La Havane était «en contact permanent, transparent et fluide avec tous les secteurs de l'opposition», ce qui lui permet «de relever toutes ses demandes humanitaires et de libération et de les transmettre» au régime de Raul Castro.

Trente-sept opposants cubains, dont 31 détenus politiques, ont critiqué mardi dans une lettre la «complaisance» de Madrid à l'égard du «totalitarisme» cubain, craignant que cette attitude ne «s'étende» à l'Union européenne pendant la présidence espagnole au premier semestre 2010.

Les prisonniers s'en prennent notamment à la volonté, selon eux, de M. Moratinos, pendant la présidence espagnole de l'UE, d'«éliminer la position commune de 1996», qui lie la coopération au respect des droits de l'Homme, pour la remplacer par un accord bilatéral entre l'UE et le gouvernement de Cuba.

M. Moratinos avait indiqué à La Havane que son pays allait oeuvrer à l'élaboration d'une nouvelle approche européenne vers Cuba, qui considère la position commune actuelle comme une «ingérence».

Le ministre espagnol a été accusé par la droite espagnole de ne pas respecter la position commune de l'UE qui prévoit des contacts non seulement avec le régime cubain, mais aussi avec les opposants.

Il a répondu qu'en révisant cette position en juin, les 27 avaient indiqué qu'on «pouvait ou non rendre visite au dissidents, que ce n'est pas une obligation».

«Le Vatican, l'Union européenne et tout le continent ibéro-américain défendent la position espagnole, et le président (des États-Unis, Barack) Obama lui-même fait des gestes dans le sens de la position espagnole», a-t-il ajouté.

Madrid avait été en première ligne pour obtenir l'an dernier la levée des sanctions européennes et la reprise de la coopération entre Bruxelles et La Havane, suspendue en 2003 après la vague d'arrestations de 75 militants.