Les autorités putschistes ont accentué leur pression psychologique sur le président déchu du Honduras, Manuel Zelaya, et ses partisans réfugiés à l'intérieur de l'ambassade du Brésil en diffusant de la musique et des cris d'animaux à plein volume pour les empêcher de dormir.

Mis à jour le 21 oct. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Depuis hier (mardi) minuit, nous sommes bombardés de bruits stridents, de musique à plein volume, des marches militaires, du rock, de la punta (rythme hondurien)», a déclaré mercredi Rasel Tomé, conseiller juridique de Zelaya, à la radio Globo, l'un des rares médias d'opposition au régime putschiste.

«Ce que nous avons vécu est typique de ces manoeuvres psychologiques employées par une armée contre une autre,» a-t-il ajouté.

Parmi les chansons choisies par les militaires, «Rata de dos patas» (littéralement «rat à deux pattes»), l'un des plus grands succès de la chanteuse populaire mexicaine Paquita la del barrio, connue pour ses textes équivoques.

«Bête nuisible, couleuvre venimeuse, déchet de la vie, je te hais et je te méprise. Rat à deux pattes, c'est à toi que je parle, parce que même la pire des sales bêtes est toute petite comparé à toi», scande la chanteuse dans ce titre.

«Nous avions l'impression d'être au milieu d'une jungle avec des hurlements de lions, d'éléphants, de singes, de chiens, d'ânes et j'en passe... Et ensuite de la musique stridente pour nous empêcher de dormir», a confirmé un photographe de l'AFP, qui se trouve à l'intérieur de l'ambassade.

L'opération est survenue quelques heures avant une réunion du Conseil permanent de l'Organisation des Etats américains (OEA), au cours de laquelle l'organisation basée à Washington a appelé les deux parties à poursuivre le dialogue rouvert il y a deux semaines.

Celui-ci est au point mort, en raison d'un désaccord entre les deux parties sur les modalités du retour au pouvoir de Zelaya, renversé par un coup d'Etat le 28 juin.

«La position de l'OEA est correcte mais il faut fixer une limite dans le temps à ce processus de dialogue,» a estimé Zelaya, depuis l'ambassade du Brésil où il est réfugié depuis son retour clandestin au pays le 21 septembre.

«Les négociations ne doivent pas servir à gagner du temps», a aussi prévenu le représentant des Etats-Unis à l'OEA, Lewis Amselem. «Le régime de facto ne s'est pas montré aussi flexible ou favorable à un compromis que le président Zelaya».

Les Etats-Unis ont déjà suspendu des millions d'aide au Honduras et supprimé les visas de plusieurs dirigeants putschistes, mais des pays latino-américains jugent que Washington devrait aller plus loin.

Le président Barack Obama doit cependant composer avec l'opposition républicaine qui bloque au sénat la nomination de son principal représentant pour l'Amérique latine, en soutien au gouvernement putschiste.

Le sénateur républicain Jim «DeMint est prêt à lever ses objections, si le département d'Etat s'engage publiquement à reconnaître les élections du 29 novembre», a cependant déclaré à l'AFP un porte-parole du parlementaire, Wesley Denton.

La communauté internationale refuse de reconnaître ces élections si elles sont organisées par les autorités putschistes.