Les militaires putschistes du Niger contrôlaient Niamey dans le calme vendredi après avoir laissé présager un retour à la démocratie et ont assuré que le président renversé Mamadou Tandja détenu dans une caserne était sain et sauf.

Boureima Hama AGENCE FRANCE-PRESSE

Un «Conseil suprême pour la restauration de la démocratie (CSRD)» a pris le pouvoir jeudi dans des combats qui ont fait au moins trois morts après des mois de crise politique.

Le Conseil militaire s'est voulu rassurant quant à la situation vendredi après-midi, annonçant notamment la levée du couvre-feu et la réouverture des frontières terrestres et aériennes du Niger, par son porte-parole le colonel Goukoye Abdoulkarim.

La situation au Niger est «sous contrôle» et il n'y a «pas de dissidence», a-t-il dit à des journalistes dont l'AFP. Il a précisé que des ministres arrêtés jeudi soir allaient être relâchés «incessamment».

«M. Mamadou Tandja est retenu dans un bureau (...) il se porte très bien. Il a pu voir son médecin, son état de santé est bon et normal», a par ailleurs déclaré à l'AFP un officier dans la caserne où la junte a établi son quartier général, au sud-ouest de Niamey.

La junte a annoncé tard jeudi soir sa décision de «suspendre la Constitution de la sixième République» - instaurée l'an dernier par M. Tandja pour rester président coûte que coûte.

Vaste pays du Sahel, le Niger est un des États les plus pauvres du monde, mais c'est aussi le troisième producteur mondial d'uranium.

Dès vendredi, le parti du président nigérien déchu a reconnu la prise du pouvoir par la junte tandis que d'autres dirigeants politiques espéraient que l'éviction de M. Tandja déboucherait rapidement sur une démocratisation après une grave crise politique en 2009.

Le parti de M. Tandja, le MNSD, a déclaré que le putsch avait été une surprise, a dit espérer des soldats qu'ils soient «justes» et a invité ses partisans à être «sereins».

«Nous attendons que les militaires soient équitables et justes et que les conditions d'une transition se passent de manière démocratique», a déclaré Ali Sabo, vice-président du Mouvement national pour la société de développement, sur une radio privée.

Niamey était calme vendredi matin, a constaté un correspondant de l'AFP.

Quelques blindés et des véhicules tout terrain équipés de mitrailleuses étaient déployés pour garder des lieux stratégiques comme la présidence, les ministères, des résidences officielles et l'état-major de l'armée.

Si le quartier était quasiment désert, la situation était proche de la normale dans des quartiers populaires.

Relativement critiques du putsch, l'Union africaine (UA), la France, l'Union européenne, l'Afrique du Sud, notamment, ont réclamé une transition démocratique.

L'Organisation de la conférence islamique (OCI) a «regretté l'intervention des militaires».

Paris a «condamné» la prise du pouvoir «par des voies non constitutionnelles» et a appelé au dialogue et à la «responsabilité» de tous les acteurs.

La France a des intérêts importants au Niger, notamment dans l'extraction de l'uranium. Elle compte quelque 1 500 ressortissants dans ce pays.

Le président sud-africain Jacob Zuma a aussi appelé les militaires à respecter «les principes constitutionnels sur le transfert de pouvoir».

Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping, a «condamné la prise du pouvoir par la force» et réclamé un «retour rapide à l'ordre constitutionnel».

Âgé de 71 ans, le président Tandja, après dix ans d'un pouvoir relativement pacifique, avait dissous en 2009 le Parlement et la Cour constitutionnelle et obtenu une prolongation de son mandat de trois ans à l'issue d'un référendum controversé en août.

Ce passage en force avait été stigmatisé notamment par l'Union européenne et les États-Unis qui ont pris des sanctions.

Washington et Madrid ont estimé que l'action du président avait pu déclencher le coup d'État militaire.