Le réseau extrémiste Al-Qaïda élargit désormais sa campagne de propagande en s'adressant directement en anglais sur la toile à son public, pour tenter de recruter partout dans le monde des sympathisants qui ne sont pas arabes.

Lynne Nahhas AGENCE FRANCE-PRESSE

Après avoir publié la première édition de son magazine en ligne Inspire, rédigé en anglais il y quatre mois, la branche yéménite du réseau, Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa) vient de récidiver avec un deuxième numéro.

Le premier numéro donnait notamment le mode d'emploi pour fabriquer une bombe alors que le deuxième, en 47 pages mis en ligne il y a une semaine, suggère d'attaquer des foules dans les pays occidentaux avec de grosses voitures tout-terrain équipées de lames tranchantes à l'avant.

«C'est quelque chose de nouveau car c'est la première fois qu'Al-Qaïda se dote d'une publication en anglais», note Dominique Thomas, un expert des groupes islamistes du Moyen-Orient basé à Paris. «Ces messages ciblent les communautés musulmanes» vivant hors des pays arabes, dit-il.

Pour Philip Seib, professeur à l'Université de Californie du sud et co-auteur du livre «Global Terrorism and New Media», Al-Qaïda est devenu une «entreprise d'information».

«Il serait temps de cesser de considérer Al-Qaïda comme une organisation terroriste qui utilise l'information et d'y voir une entreprise d'information qui a recours à la terreur», souligne M. Seib.

Les vidéos, les messages audio et les communiqués d'Al-Qaïda inondent internet, notamment depuis les attaques du 11-Septembre mais c'est la première fois que le réseau propose sa propre revue en anglais sur la toile.

«C'est un changement» dans la stratégie d'Al-Qaïda qui ne s'intéressait pas beaucoup jusqu'ici aux lecteurs non arabes, estime Mustafa Alani.

«C'est une autre dimension de la guerre globale et une volonté de recruter à l'échelle mondiale», souligne cet expert en matière de sécurité du Gulf Research Centre de Dubaï.

Auparavant, Al-Qaïda «exportait» des militants et maintenant il tente d'en «importer». Il utilisait internet pour «informer» et le fait maintenant pour «recruter», poursuit M. Alani.

Pour M. Thomas, «c'est un signe de radicalisation plus qu'une campagne de recrutement».

Selon lui, ce nouveau tournant d'Al-Qaïda serait surtout l'oeuvre d'Anwar al-Aulaqi, un imam yéménite possédant la nationalité américaine et éduqué aux États-Unis, et de Samir Khan, un Américain d'origine saoudienne, qui se trouvent tous deux au Yémen.

Aulaqi, 39 ans, ne serait pas membre d'Al-Qaïda mais proche de son chef local, Nasser al-Wahishi, selon M. Thomas.

L'imam a fait parler de lui après avoir été accusé de liens avec le psychiatre militaire Nidal Hassan accusé d'avoir tué 13 soldats en 2009 à Fort Hood au Texas (sud) en novembre.

Il est aussi le mentor de l'étudiant nigérian Umar Farouk Abdulmutallab qui a tenté de faire exploser en décembre 2009 un avion de ligne américain.

Maîtrisant parfaitement l'anglais, Aulaqi a appelé les musulmans américains à suivre l'exemple de Nidal Hassan, dans une vidéo diffusée en mai et Washington a autorisé son élimination, un fait rare pour un citoyen américain.

Samir Khan, qui a vécu à New York et en Caroline du Nord avant de rejoindre les rangs d'Aqpa au Yémen, s'est pour sa part déclaré «fier d'être un traître à l'Amérique» dans le dernier numéro d'Inspire.

La revue donne des adresses pour la contacter accompagnées de programmes de cryptage «pour éviter d'être repéré par les services de renseignement».

Plusieurs pays occidentaux sévissent contre les islamistes qui utilisent internet et ferment souvent des sites jihadistes, comme le rappelle M. Thomas.