Un avion transportant deux ministres du gouvernement canadien ainsi que le chef d'état-major de la Défense s'est vu refuser le droit de se poser aux Émirats arabes unis lundi, dans ce qui apparaît comme une escalade des tensions diplomatiques entre les deux pays au sujet des droits aériens.

Jonathan Montpetit LA PRESSE CANADIENNE

Les Émirats arabes unis ont fermé leur espace aérien au ministre de la Défense, Peter MacKay, au ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Blackburn ainsi qu'au chef d'état-major de la Défense, le général Walt Natynczyk, alors qu'ils revenaient d'une visite de trois jours en Afghanistan, a confirmé une source militaire à Ottawa à La Presse Canadienne.

L'avion a été forcé de faire un détour mais l'on ne sait pas vers où il s'est finalement dirigé. Certains médias ont affirmé qu'il devait se rendre vers une ville européenne mais le gouvernement n'a pas voulu confirmer ces informations.

Quelques heures plus tôt à Kandahar, M. MacKay avait indiqué que le Canada avait été forcé de quitter la base militaire qu'il occupe près de Dubaï, aux Émirats arabes unis. Il avait expliqué que les négociations avec les Émirats pour augmenter le nombre de vols entre les deux pays avaient échoué.

«Il y a eu des pourparlers entre le ministre des Affaires étrangères et son homologue. Ces discussions se sont poursuivies pendant un certain temps», a affirmé M. MacKay peu de temps avant de monter à bord de l'avion qui a changé d'itinéraire. «Et en ce moment, nous acceptons le souhait des Émirats arabes unis...et nous quitterons la base», a-t-il ajouté.

Mais le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a affirmé au réseau anglais de Radio-Canada qu'il n'était pas au fait de la fermeture de l'espace aérien. «Je sais cela, j'ai entendu les commentaires de Peter (MacKay) avant d'entrer en ondes. Et de manière évidente, ce sont des problèmes opérationnels», a-t-il affirmé.

«Je suis certain que le ministre MacKay et le chef d'état-major de la Défense étudient toutes les options possibles et que nous pourrons poursuivre et aller de l'avant avec nos engagements en Afghanistan», a ajouté M. Cannon.

Le ministre MacKay avait également affirmé que les Émirats avaient mis à exécution leur menace de refuser au Canada un accès à la base connue sous le nom de «Camp Mirage», près de Dubaï. En forcant le Canada à quitter sa base, les Émirats privent le pays de sa principale voie de ravitaillement. Camp Mirage est la seule plaque-tournante logistique du Canada au Moyen-Orient.

Les Émirats arabes ont indiqué dimanche que les discussions entre les deux pays portaient sur le refus du Canada d'allouer davantage de droits d'escale à leurs transporteurs aériens. Le transporteur aérien Air Canada était particulièrement opposé à cette idée. Et le gouvernement des Émirats, qui a menacé de répliquer à ce refus en interdisant au Canada l'accès à cette base militaire, a blâmé le Canada pour l'échec des négociations qui avaient cours depuis cinq ans.

L'ambassadeur des Émirats arabes au Canada, Mohammed Abdullah Al-Ghafli, a également averti dimanche que l'incapacité des deux pays à s'entendre aura sans aucun doute des conséquences sur leurs relations bilatérales.

Une entente conclue en 1999 permettait aux transporteurs aériens Emirates et Ethiad Airways d'offrir jusqu'à six vols par jour à destination du Canada. Le gouvernement des Émirats avait cependant indiqué que la présence de 27 000 Canadiens vivant sur son territoire justifiait une hausse du nombre de vols, ce qui aurait été refusé par le Canada.

La base de Dubaï devait aussi jouer un rôle central dans le retrait des soldats canadiens de Kandahar, au moment de la fin annoncée de la mission de combat en Afghanistan en juillet 2011.

«Nous agirons toujours dans le meilleur intérêt du Canada et une chose que je sais au sujet des Forces canadiennes, c'est qu'elles s'adaptent très bien, a dit M. MacKay. Elles ont des plans alternatifs, elles ont des plans de contingence. Avec cela en tête, nous étudions toutes les options qui se présentent à nous en ce moment.»

«Et nous poursuivrons notre mission ici en Afghanistan... et nous trouverons d'autres moyens de soutenir cette mission via d'autres centres dans la région», a-t-il conclu.