Avec la reprise économique, les émissions mondiales de gaz à effet de serre attribuables aux transports et à la production d'énergie ont fait un bond sans précédent en 2010, rapporte l'Agence internationale de l'énergie (AIE).

Charles Côté

L'agence affirme que sans «décision courageuse et marquante», il sera «extrêmement difficile» de maintenir l'ampleur du réchauffement climatique global sous les 2°C.

Cet objectif a été fixé à Cancún l'an dernier. Les scientifiques estiment qu'un réchauffement supérieur à 2 degrés doit être qualifié de «catastrophique».

Selon l'AIE, la reprise économique s'est traduite par une hausse de 5% des émissions de gaz à effet de serre (GES), à 30,6 milliards de tonnes en 2010.

Les émissions de gaz carbonique attribuables au charbon comptaient pour 44% du total, contre 36% pour le pétrole et 20% pour le gaz naturel.

Cette hausse ne laisse pratiquement plus place à d'autres augmentations qui pourraient survenir d'ici à 2020, année où les émissions de GES doivent être sous les 32 milliards de tonnes (Gt) si l'humanité veut se donner une chance de stabiliser le climat à une augmentation de 2 degrés.

«Cette augmentation significative représente une entrave sérieuse à notre espoir de limiter la hausse globale des températures à 2°C», a dit Fatih Birol, économiste en chef de l'AIE.

Il est difficile de voir si cette statistique alarmante, une de plus, aura un impact sur la diplomatie mondiale du climat, selon Steven Guilbeault, d'Équiterre. «La communauté scientifique envoie des signaux de plus en plus clairs et catastrophés, et pourtant, dans les rencontres internationales de négociations, c'est comme si on n'était pas pressés, dit-il. On ne sent pas l'urgence.»

Rôle différent

Dans ce portrait global, le rôle du Canada comme source de problème ou d'éventuelle solution sera plus difficile à évaluer, a dénoncé hier la nouvelle porte-parole de l'opposition en matière d'environnement à Ottawa, la députée néo-démocrate Megan Leslie.

En effet, selon ce que soulignait hier le groupe de presse Postmedia, le Canada ne donne plus de statistiques séparées pour la pollution attribuable au secteur des sables bitumineux, dans son rapport annuel aux Nations unies. Dans le rapport portant sur l'année 2009, rendu public récemment, celle-ci est fondue dans le grand tout du secteur des hydrocarbures.

«Comment concevoir une politique sur les changements climatiques si nous ne savons pas d'où viennent les émissions au pays?, a lancé Mme Leslie en entrevue à La Presse. On sait que par le passé, c'était mentionné séparément, et il est difficile de croire que cette omission n'est pas volontaire. On nous dit sans cesse de faire attention, de changer nos ampoules ou d'éteindre notre moteur, mais pendant ce temps, nos émissions industrielles explosent parce qu'on veut exploiter les sables bitumineux à tout prix.»

Cette omission dans le rapport annuel du Canada survient alors que le gouvernement fédéral combat main dans la main avec l'industrie pétrolière pour empêcher l'Union européenne et les États-Unis d'adopter des mesures qui défavorisent l'usage d'hydrocarbures non conventionnels, comme les sables bitumineux.

De son côté, l'AIE estime qu'on devra produire 45% de l'électricité mondiale à partir de sources renouvelables d'ici à 2035 pour limiter le réchauffement à 2 degrés.

Mais cette même agence souligne que la montée des hydrocarbures non conventionnels, comme le bitume albertain ou le gaz de schiste, est un obstacle à l'expansion des énergies renouvelables.

Raison de plus d'éliminer les subventions aux hydrocarbures et d'encourager les énergies vertes, affirme Mme Leslie, qui représente Halifax aux Communes. «Nous avons beaucoup de vent et aussi l'énergie des marées en Nouvelle-Écosse, alors qu'on commence à parler de gaz de schiste ici aussi», dit-elle.