La fuite de pétrole est stoppée mais les scientifiques craignent que le brut déjà déversé n'ait des effets en cascade, pendant «des décennies», sur la faune et la flore du golfe du Mexique dont l'écosystème pourrait largement changer dans les années à venir.

Michael Mathes AGENCE FRANCE-PRESSE

Si la fuite de pétrole a été stoppée jeudi, entre 2,3 et 4,5 millions de barils de brut (entre 365 et 715 millions de litres) se sont échappés dans le golfe du Mexique depuis le début de la crise il y a près de trois mois.

Une partie du pétrole a été récupéré, une autre partie s'est évaporée. Mais l'eau à proximité du puits endommagé reste souillée sur toute sa profondeur et des milliers de flaques de brut sont observables tant à la surface qu'en profondeur.

Avec 400 espèces menacées de disparaître --de la plus petite bactérie jusqu'aux crabes ou aux tortues de mer-- les experts estiment que le pétrole et les dispersants ont déjà commencé à impacter l'écosystème.

«Une gigantesque expérience environnementale est en train de commencer», explique à l'AFP Ron Kendall, directeur de l'Institute of Environmental and Human Health à l'université Texas Tech. «Les fondations de l'écosystème sont déjà touchés», dit-il en faisant référence au plancton dont se nourrissent poissons et jeunes crevettes dans les marais du golfe du Mexique.

Le fait que le plancton soit mis à mal par le brut «pourrait avoir un effet sur tout l'écosystème» de la région, estime aussi Doug Inkley, un scientifique de la fédération nationale de la faune et de la flore.

Au-delà du plancton, les experts rapportent la disparition de beaucoup d'organismes dont certains constituent l'alimentation de base des tortues de mer, déjà en danger. Une centaine de ces tortues ont d'ailleurs déjà été retrouvées mortes.

Pour M. Kendall, dont l'institut étudie des échantillons prélevés sur des poissons vivants et morts du golfe pour analyser les effets du pétrole, la marée noire actuelle est bien plus complexe que celle de l'Exxon Valdez en 1989 au large de l'Alaska, en raison notamment de l'utilisation massive de dispersants par BP.

Les sept millions de litres de dispersants que BP dit avoir utilisé pour lutter contre la marée noire ont permis d'éviter qu'une partie du brut ne finissent sur les côtes mais a créé des problèmes à long terme, le pétrole se scindant en petites galettes. Ces dernières risquent d'être absorbées par la faune, ce qui pourrait menacer la chaîne alimentaire pour les hommes et transformer certaines espèces.

BP et l'administration indiquent par ailleurs qu'ils ont mis la main sur 2.600 oiseaux, mammifères et tortues morts mais pour M. Inkley cela pourrait bien n'être que la partie émergé de l'iceberg: beaucoup des poissons et requins morts coulent au fond de l'eau et d'autres espèces risquent de s'éteindre plus tard.

Le scientifique craint un désastre à rebours. Une espèce de hareng avait ainsi disparu quatre ans après le naufrage de l'Exxon Valdez parce que la plupart de ces harengs nés en 1989 n'avaient jamais atteint l'âge adulte.

Des dizaines d'espèces de poissons et d'oiseaux étaient en pleine période de reproduction quand la marée noire a commencé.

«On pourrait avoir une population qui disparaît plus tard parce que les jeunes n'ont pas survécue cette année», dit M. Inkley pour qui «l'impact sur la faune et la flore va durer des années, si ce n'est des décennies».

Et pour compliquer l'affaire le golfe va bientôt accueillir des millions de pintades, canards, oies qui migrent en automne et au début de l'hiver.