Il n'y aura pas d'exploitation pétrolière et gazière dans l'estuaire du Saint-Laurent. Après 12 ans de moratoire, la ministre des Ressources naturelles et de la Faune, Nathalie Normandeau, a annoncé que son gouvernement interdirait la prospection et l'extraction de gaz et de pétrole dans l'estuaire.

Paul Journet LA PRESSE



L'année dernière, Québec a commandé une évaluation environnementale stratégique (EES) sur le pétrole et le gaz dans le fleuve Saint-Laurent. Sa première tranche concerne l'estuaire, une zone de 29 000 km2 qui s'étire de l'ouest de Rimouski jusqu'à Gaspé, d'une rive à l'autre du fleuve. L'étude a duré plus d'un an. Ses constats sont sans équivoque. La prospection et l'extraction de pétrole ou de gaz mettraient en danger la biodiversité et les activités liées au tourisme ou à la pêche commerciale.

Certaines îles soustraites

«Après l'EES, on devait consulter les populations côtières concernées, mais, étant donné la limpidité des constats, on a conclu que l'interdiction totale était la meilleure option», explique la ministre Normandeau.

L'interdiction ne touche pas les îles de l'estuaire comme l'île Verte ou l'île Saint-Barnabé, où des firmes détiennent déjà des permis d'exploration. Aucune exploitation n'y a toutefois commencé. Et aucune exploration ne sera autorisée avant le dépôt du projet de Loi sur les hydrocarbures, prévu pour le printemps prochain.

Trois autres EES sont attendues en 2012. Elles examineront les bassins de la Madeleine, de la baie des Chaleurs et d'Anticosti.

Deux poids deux mesures, dit l'opposition

L'opposition et les environnementalistes saluent l'interdiction, tout en dénonçant un «double standard». «Dans l'estuaire, le gouvernement prend le temps nécessaire pour commander une étude et obtenir toute l'information nécessaire avant de décider. Pourquoi n'agit-il pas de la même manière avec le gaz de schiste?» demande le péquiste Sylvain Gaudreault, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie, qui réclame un moratoire sur le gaz de schiste.

Dans une lettre ouverte, d'anciens dirigeants du BAPE ont dénoncé le mandat «trop étroit» et «trop court» confié au Bureau par le gouvernement. Ils déplorent en outre que le BAPE ne dispose pas d'étude préalable. «L'EES est le genre d'étude dont aurait eu besoin le BAPE avant de commencer son travail. On aurait aimé que la ministre agisse de la même façon avec le gaz de schiste», a dit Daniel Breton, du groupe Maître chez nous 21e siècle (MCN21).

«Il n'y a pas de contradiction entre notre approche dans l'estuaire et le gaz de schiste. Nous sommes engagés dans une démarche scientifique avec le BAPE. Avec la latitude dont le BAPE dispose, il pourra aller cherche toute l'information qu'il veut», a répliqué la ministre Normandeau.