Ceux qui pensent que les gaz de schiste peuvent contaminer les eaux souterraines sont à reléguer parmi les inconditionnels qui croient qu'Elvis est encore vivant, juge le grand patron d'une entreprise gazière active au Québec.

Patrice Bergeron LA PRESSE CANADIENNE

Dans un commentaire publié récemment dans son blogue, le président de la société Questerre, Michael Binnion, n'y est pas allé de main morte pour condamner les convictions des opposants aux gaz de schiste.

Il conteste l'argument selon lequel le procédé de fracturation hydraulique peut contaminer l'approvisionnement en eau. Il dit qu'il s'agit d'un «mythe», «l'ennemi de la vérité (...), persistant, persuasif et irréaliste», en citant ainsi l'ancien président américain John Kennedy.

«Il y a des rapports indépendants datant de plusieurs années qui confirment que le procédé est sécuritaire pour les eaux souterraines, écrit le dirigeant de Questerre dans son blogue. Tout comme les mythes selon lesquels «le premier pas sur la lune aurait été une conspiration organisée', 'Elvis serait toujours en vie', «Obama ne serait pas né aux États-Unis', l'idée que la fracturation hydraulique puisse contaminer les eaux souterraines situées à plus d'un kilomètre de profondeur persiste et tend à persuader.»

Il vise notamment le documentaire «Gasland», qui a popularisé ces images de citoyens qui pouvaient allumer une flamme à même l'eau de leur robinet.

Selon M. Binnion, «si vous ne saviez pas qu'il est commun de retrouver du méthane dans les eaux souterraines, il n'est pas étonnant que vous soyez surpris de voir ce phénomène». Il rapport d'ailleurs que l'auteur du documentaire l'a lui-même admis sans s'amender, de même que d'autres militants qui auraient tendance à exagérer le nombre de cas de contaminations.

Le dirigeant de Questerre affirme que l'industrie n'a pas réussi «à défaire ce mythe» de la contamination des eaux par fracturation, mais espère que les autorités réglementaires y arriveront.

Des opposants, du regroupement Mobilisation Gaz de schiste, ont réagi aux commentaires de M. Binnion. Dans une entrevue jeudi, une de leurs porte-parole, Lucie Sauvé, a déclaré que M. Binnion est de toute façon discrédité et qu'on ne se donne même plus la peine de lui répondre.

«C'est un personnage, hein? Champion de la démagogie et de la désinformation. C'est de la caricature. M. Binnion n'a aucune crédibilité auprès des groupes environnementaux, des groupes de citoyens et des scientifiques.»

Un autre représentant de l'organisme, Pierre Brazeau, a reconnu qu'il n'y a pas nécessairement de cas validé de contamination par fracturation, mais qu'il faut agir à long terme par précaution, parce que rien ne garantit qu'il n'y aura pas des fuites dans quelques années.

«Nous ne sommes pas des prophètes de malheur, nous ne sommes pas des radicaux, nous ne sommes pas des fascistes écologistes. Nous sommes simplement des citoyens qui veulent protéger leurs terres, leur milieu de vie, leur eau.»

L'Association pétrolière et gazièere du Québec, qui représente l'industrie, n'a pas donné suite aux demandes d'entrevue.

La ministres des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, était aux Îles-de-la-Madeleine et n'était pas disponible pour commenter. Son attachée de presse a fait savoir qu'elle n'avait pas pris connaissance des déclarations de M. Binnion.

La porte-parole du ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, a fait savoir que les propos de M. Binnion «lui appartiennent et nous ne souhaitons pas les commenter».

Plus tôt cette année pourtant, le ministre ne s'était pas gêné pour manifester son irritation à M. Binnion, qui n'en est pas à ses premiers coups de gueule.

Au printemps dernier, le dirigeant de Questerre avait laissé entendre dans son blogue que l'évaluation environnementale stratégique commandée par le gouvernement était davantage une opération politique que scientifique, pour faire accepter les gaz de schiste à la population.

M. Arcand a dit qu'il était alors tombé en bas de sa chaise, déclarant que de tels propos mettaient «le feu aux poudres» et n'aidaient pas la cause des gaz de schiste.

La fracturation hydraulique est un procédé controversé qui fissure la roche par injection d'un fluide sous haute pression, pour avoir accès aux gaz.

Le gouvernement a commandé une évaluation environnementale stratégique pour mieux documenter l'incidence de l'activité gazière. La fracturation hydraulique pourrait être autorisée exceptionnellement pendant la durée de l'évaluation environnementale, mais uniquement pour les travaux requis par l'évaluation environnementale, par exemple pour des fins d'acquisition de connaissances scientifiques, c'est-à-dire dans un environnement contrôlé et supervisé.

En mars dernier au Québec, il y avait 31 puits et 18 avaient déjà été fracturés. L'industrie du gaz de schiste avait dépensé 200 millions $ au Québec pour divers travaux. L'industrie envisage 150 à 600 puits par année à compter de 2015.

> Pour en savoir plus: Le blogue de Michael Binnion.