Dans une salle de réunion au sous-sol du Capitole texan, Lewis McBee, résidant de Denton, au nord Fort Worth, prépare des dossiers à remettre aux représentants et sénateurs de l'État.

Mis à jour le 26 mars 2011
Charles Côté LA PRESSE

Il veut les convaincre de resserrer l'encadrement de l'industrie gazière. Il est vice-président de la North Central Texas Communities Alliance, qui tente de réunir les opposants à l'industrie. «Je m'attends au mieux à ce qu'ils soient courtois avec nous», dit-il, résigné.

Tous les écologistes du Texas se sont donné rendez-vous aujourd'hui à Austin pour un blitz de lobbying.

Ed et Claudia Meyer sont venus de Dallas, où l'industrie gazière veut faire une percée. Membres du groupe Citizens for Responsible Drilling, ils ont fait pression sur la Ville de Dallas pour qu'elle remette à plus tard la délivrance de permis de forage à la société XTO, filiale d'Exxon.

Il y a deux ans, XTO a remporté par enchères le droit de forer sur certains terrains municipaux de la ville, au prix de 33 millions.

«Nous voulons qu'on installe des stations de surveillance de la qualité de l'air et améliorer le règlement de zonage, dit-il. Je ne crois pas que les forages gaziers soient appropriés en ville, même avec des distances séparatrices de 1000 pieds,»

Au Texas, les représentants et sénateurs ne siègent qu'une fois aux deux ans, pendant 140 jours. La session de 2011 est sous le signe de l'austérité: il y a un trou de 27 milliards à combler et le Texas a une loi qui lui interdit de faire des déficits. Des licenciements massifs s'annoncent dans les écoles publiques.

On pourrait croire que c'est encore plus difficile dans ce contexte de faire entendre le message écologiste, mais la mobilisation des citoyens contre l'industrie gazière est devenue trop stridente.

Un projet de loi déposé la semaine dernière propose de forcer l'industrie à révéler les substances qu'elle injecte dans le sol pour stimuler la production de gaz. Un autre veut mettre un terme aux avantages fiscaux de l'industrie. Un troisième veut éloigner d'au moins 400 mètres les forages gaziers des écoles.

D'autres projets de loi sont favorables à l'industrie, comme celui qui interdirait toute poursuite en dommages contre une installation polluante détentrice d'un permis valide de l'État.

Cette année, la question des forages gaziers s'est pour la première fois taillé une place parmi les priorités de l'Alliance for a Clean Texas, qui coordonne la journée de lobbying. Mais cela ne se fait pas sans contradictions.

Gaz ou charbon?

Allison Sliva est membre de No Coal Coalition, à Bay City, sur le golfe du Mexique. Elle lutte pour la fermeture de centrales au charbon. «J'aimerais bien mieux avoir une centrale au gaz qu'au charbon près de chez moi, dit-elle. Le gaz est plus propre, même s'il pourrait être extrait de façon plus responsable.»

Le débat entre gaz et charbon trouve écho à la chaîne d'information CNN, sous forme d'un matraquage publicitaire incessant. Le gaz se vante d'être propre. Le charbon se vante de n'être pas cher.

Il n'y a pas de meilleur endroit que le Texas pour voir comment ce débat se déroule sur le terrain. Et le sale charbon l'emporte haut la main.

Aucune centrale thermique au charbon n'a fermé depuis le début de l'exploitation du gaz de schiste au Texas. Au contraire, deux nouvelles centrales ont été autorisées.

Pour Ed Ireland, porte-parole de l'industrie du gaz de schiste au Texas, c'est désolant, car le prix du gaz demeure très bas, faute de demande. «Vous devriez voir les trains de charbon arriver au Texas, c'est l'un après l'autre et ils font tous un mille de long», dit-il.

La Presse lui a demandé pourquoi l'industrie gazière ne faisait pas de pression pour limiter les émissions polluantes des centrales au charbon, en particulier pour les gaz à effet de serre. «Je ne crois pas que l'homme ait une influence sur le climat», a-t-il répondu.

1770 milliards de pieds cubes (presque 10 fois la consommation annuelle du Québec)

Coût moyen par puits : 3,5 millions

Profondeur moyenne : 2300 mètres

Droits de forage : de 14 000$ à 70 000$ l'acre

Seuil de rentabilité : 5$ par million de Btu

Coût actuel du gaz : 3,85$ par million de Btu