Le gouvernement du Québec ne dispose d'aucune étude permettant d'affirmer que l'exploitation du gaz de schiste au Québec permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), comme l'a affirmé hier la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau.

Charles Côté LA PRESSE

La Presse a demandé cette semaine au ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) si le gouvernement avait en main une étude à ce sujet. Selon la porte-parole du ministre Pierre Arcand, il n'y en a pas.

«On va bientôt commander une étude, ce sera l'objet d'une annonce ultérieure, dit Sarah Shirley. Il faut que ce soit prêt pour le prochain plan d'action sur les changements climatiques 2013-2020. On est en négociations sur les modalités, les délais, les experts. L'objectif n'est pas de remettre cette étude au BAPE (le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement).»

Selon Mme Shirley, le Québec maintient son objectif de réduire en 2020 ses émissions de GES de 20% sous le taux de 1990.

Cela se fera en substituant le gaz à des carburants plus polluants, comme le gazole et le mazout, comme l'a laissé entendre jeudi Mme Normandeau.

Mais cela ne repose sur aucun plan - il s'agit seulement d'une «vision» qui tire son inspiration de trois graphiques tenant en une seule page, que la porte-parole de la ministre Normandeau a fournie à La Presse. Mme Normandeau n'était pas disponible hier après-midi pour une entrevue.

Cette vision laisse bien des observateurs sceptiques. Mardi, Équiterre a affirmé que les occasions de remplacer le pétrole par le gaz dans le transport resteraient marginales à l'horizon 2020.

Un autre expert consulté par La Presse hier a affirmé que l'accès facile à du gaz à bas prix allait ralentir les efforts d'efficacité énergétique et l'émergence de filières réellement vertes, à effet neutre sur le climat.

La production de biogaz à l'aide des déchets a été évoquée la semaine dernière comme une solution plus écologique que le gaz de schiste.

On cite aussi les granules de bois. En effet, le Québec est l'un des plus grands producteurs mondiaux de granules, qui peuvent remplacer le gaz dans plusieurs cas. L'essentiel de la production québécoise est exportée en Europe, particulièrement en Suède.

Les biogaz et les granules ont un effet neutre sur le climat parce que le gaz carbonique que dégage leur combustion est de source végétale. Le gaz de schiste, lui, rejette dans l'atmosphère du carbone emprisonné dans le sous-sol depuis 400 millions d'années.

De son côté, l'industrie y croit. Michael Binnion, le PDG de Questerre, une entreprise albertaine active dans le gaz de schiste au Québec, a indiqué à La Presse cette semaine qu'il verrait d'un bon oeil l'installation - à l'aide de subventions - d'infrastructures de ravitaillement dans le couloir Québec-Windsor, pour alimenter les camions et remplacer le gazole.