Il ne faut plus se gêner pour le dire: les vagues de chaleur qui fracassent tous les records, comme celle qui a enveloppé l'est du continent la semaine dernière, ne se seraient probablement pas produites si la terre n'était pas en train de se réchauffer.

Mis à jour le 27 mars 2012
Charles Côté LA PRESSE

C'est ce qu'affirment deux climatologues dans un article publié dimanche dans la prestigieuse revue Nature Climate Change. Ils invitent les scientifiques à changer leur discours.

«Ces dernières années, nous avons vu un nombre exceptionnellement élevé de vagues de chaleur record et destructrices, écrivent les auteurs. Plusieurs études récentes indiquent que plusieurs de ces vagues de chaleur, et peut-être la plupart d'entre elles, ne se seraient pas produites sans le réchauffement de la planète.»

L'article passe en revue plusieurs études ayant porté sur des phénomènes extrêmes: vagues de chaleur, pluies intenses et tempêtes.

Les auteurs, Dim Coumou et Stefan Rahmstorf, sont tous deux rattachés au réputé Potsdam Institute for Climate Change Research, en Allemagne. Ils signalent que l'affinement des recherches sur le climat nous permet de départager l'effet du réchauffement et les extrêmes «naturels». «Il est très probable que plusieurs des événements extrêmes de la dernière décennie ne se seraient pas produits sans le réchauffement de la planète dû à l'action humaine», affirment les auteurs.

Jusqu'à huit fois plus de canicules

Actuellement, en Europe, 30% des records de chaleur sont dus au réchauffement. La durée des vagues de chaleur a doublé en Europe de l'Ouest entre 1880 et 2005. Dans l'est de la Méditerranée, l'intensité, la durée et le nombre de vagues de chaleur a été multiplié par six ou huit depuis les années 60.

Actuellement, aux États-Unis et en Australie, il y a deux fois plus de records de chaleur que de records de froid.

Et sur l'ensemble des continents, les étés extrêmement chauds frappent maintenant 10% du territoire, comparativement à seulement 0,1 ou 0,2% durant la période allant de 1951 à 1980. C'est de 50 à 100 fois plus.

Cependant, affirment les climatologues, certains phénomènes continuent d'être mal compris, dont les blocages atmosphériques comme celui qui a donné les températures exceptionnelles de la semaine dernière.

Incertitude

L'impact du nouveau climat est moins facilement décelable en ce qui concerne les précipitations extrêmes, comme celles qui ont causé les inondations au Pakistan en 2010.

Néanmoins, des tendances se dégagent. En Europe, aux États-Unis et en Australie, les indicateurs de précipitations intenses sont à la hausse. Et il est difficile d'ignorer les lois de la physique: plus l'air est chaud, plus il peut contenir de l'humidité. On observe que l'atmosphère terrestre contient 4% plus d'humidité aujourd'hui que dans les années 70.

Pour ce qui est des tempêtes, ouragans et cyclones, l'incertitude demeure.

«Plusieurs climatologues, dont nous-mêmes, ont coutume de répondre aux médias après des événements extrêmes avec la phrase voulant qu'un événement précis ne peut être attribué directement au réchauffement de la planète, relatent les auteurs. Trop souvent, le public comprend que l'événement n'est pas lié au réchauffement, alors que cela peut être le cas.»