La planète est en mauvaise santé et les choses ne vont qu'empirer: les jeunes Québécois ne voient pas l'avenir avec des lunettes roses. Ils sont même très pessimistes, révèle un sondage obtenu par La Presse.

Violaine Ballivy LA PRESSE

Selon l'enquête menée pour le compte de la fondation Monique-Fitz-Back, vouée à l'éducation au développement durable, une majorité de Québécois âgés de 10 à 18 ans s'attend à ce que la qualité de l'environnement se détériore au cours des 20 prochaines années. Les problèmes de pollution de l'eau, de changements climatiques, de disparition des forêts ou des espèces s'aggraveront inévitablement, disent des jeunes comme Justin Lemelin, 15 ans, qui recycle tous les jours, réutilise la même bouteille d'eau, pense à consommer le moins possible d'aliments emballés individuellement et se déplace aussi souvent qu'il le peut à bicyclette ou en transports en commun. «J'en fais le plus possible pour aider l'environnement... mais franchement, je ne pense pas que ça soit si utile que ça», a déploré cet adolescent rencontré par La Presse hier, rue Sainte-Catherine.

 

Ce pessimisme n'est pas à prendre à la légère, prévient le principal auteur de la recherche, Gilles Pronovost, spécialiste de l'étude du comportement des jeunes à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

«Ils ont fini par intérioriser le discours hyper-catastrophique des écologistes, et cela peut jouer sur leur attitude face à la vie en général», dit-il. La génération montante pourrait avoir tendance à être plus défaitiste, d'autant plus que ses idées tendent à s'assombrir après l'entrée au secondaire. Pire: des études ont déjà démontré que plus les jeunes ont une perception négative de leur milieu de vie, moins ils ont tendance à s'impliquer et moins leur rendement est bon.

Les jeunes assument une partie du blâme: 85% dénoncent le manque d'intérêt ou de motivation pour l'environnement de leur génération, et près de la moitié estiment que leurs camarades ne font jamais ou rarement de gestes écologistes concrets. Même les gouvernements obtiennent ici de meilleurs scores. Seuls les environnementalistes et le milieu scolaire fournissent des efforts jugés satisfaisants.

Même s'ils sont pessimistes, les jeunes affichent paradoxalement un certain volontarisme. «Leur pessimisme n'est pas du genre à mener à l'inaction si on leur apprend à faire des gestes concrets qui ont une portée visible sur l'environnement, et c'est une assez bonne nouvelle», dit Gilles Pronovost. Selon Jean Robitaille, de la fondation, cette enquête soulève l'importance de revoir la manière d'aborder les problèmes de société : «Il ne faut pas leur cacher la réalité, mais il y a des façons de présenter les choses pour modifier leur attitude et favoriser leur engagement social.»

Le sondage a été mené auprès de 1876 jeunes de la cinquième année du primaire à la dernière année du secondaire inscrits dans 28 écoles francophones du Québec. Le sondage sera diffusé jeudi à l'occasion du colloque «Comment parler d'avenir aux jeunes», à Montréal.

 

Ce que veulent les jeunes

Le travail, l'amour et les amis arrivent en tête de liste des valeurs les plus importantes chez les jeunes. «Contrairement aux préjugés largement répandus, ils ne recherchent pas d'abord l'argent et ne valorisent pas à ce point le loisir», remarque le chercheur Gilles Pronovost. Les jeunes vivant dans une cellule familiale conventionnelle sont ceux pour qui le fait d'être amoureux et d'avoir des enfants est le plus important. Le soutien des amis prend plus de place chez ceux qui vivent dans les familles monoparentales ou recomposées. Alors que les taux de décrochage scolaire alarmants dans la province continuent d'alimenter les débats sur la place publique, plus des trois quarts des jeunes affirment qu'ils réussissent «très bien» à l'école et la quasi-totalité se disent capables de mener à bien leurs études. Ils sont ambitieux: la moitié compte aller jusqu'à l'université. Toutefois, cette statistique chute de façon constante au fur et à mesure que les adolescents vieillissent et rencontrent des difficultés scolaires.

 

DE SOMBRES PERSPECTIVES

Pourcentage des répondants qui croient que la situation sera pire dans 20 ans, selon le thème:

> Les changements climatiques: 63%

> La disparition des forêts: 58%

> La pollution de l'air: 58%

> La quantité des déchets: 57%

> Les catastrophes naturelles: 55%

> La disparition des espèces: 55%

> La pollution des sols: 53%

> La pollution de l'eau: 53%