Une source d'énergie propre, qui nettoie l'environnement. C'est un peu la découverte faite par Changhui Peng, professeur en écologie forestière à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), au cours d'une étude sur les milieux humides artificiels. Le secret: récolter la biomasse des marais filtrants.

Mis à jour le 3 févr. 2012
Benjamin Tanguay LA PRESSE

Un milieu humide artificiel est un écosystème construit de toutes pièces qui repose sur un marais. Bien que la technique semble inusitée, on en compte plus d'un millier en Amérique du Nord. Et d'après les données du professeur Peng, ils dégagent beaucoup d'énergie. Un hectare de marais cultivé suffirait à combler les besoins annuels en énergie de deux à cinq maisons. Certaines cultures plus performantes pourraient même alimenter jusqu'à 16 habitations.

Éthanol

Ce tour de force est réalisé en récupérant la végétation morte qui se dépose à la surface des marais. La biomasse recueillie peut être transformée en éthanol pour alimenter les voitures, ou en méthane pour chauffer les maisons. «Jusqu'à tout récemment, personne ne faisait attention aux biocarburants, commente le chercheur de l'UQAM. Dans les dernières années, cet enjeu a pris de l'importance.»

Dans cette étude publiée la semaine dernière, M. Peng et ses collègues universitaires chinois quantifient les possibilités énergétiques des milieux humides artificiels. Les résultats sont étonnants. Lorsqu'on soustrait l'énergie nécessaire à sa mise en place à celle récoltée, la culture de la biomasse est, de toutes les approches étudiées, celle qui offre le meilleur bilan énergétique.

«La biomasse tirée des milieux humides artificiels offre un rendement énergétique deux à huit fois plus important que les approches traditionnelles de production de biocarburant, comme l'éthanol de maïs ou le biodiésel de microalgues», conclut Changhui Peng. Et la production peut encore être optimisée, tout dépendant les espèces de plantes sélectionnées et la quantité d'engrais absorbée.

Une pierre deux coups

La présence d'engrais est un paramètre incontournable de toutes les productions de biocarburants. Dans ce domaine, les marais artificiels ont un avantage indéniable sur la compétition. Contrairement aux cultures de maïs par exemple, les micro-organismes des marais permettent d'extraire de l'eau les composés d'azote, et d'absorber une partie du phosphore rejeté par les villes et les fermes. En d'autres termes, la végétation des marais filtre l'eau et en retire les polluants à l'origine du phénomène des algues bleues.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on compte déjà une centaine de marais filtrants dans la province. La Biosphère, Rosemère et Saint-Jérôme se sont notamment tournés vers ce moyen peu coûteux de filtration de l'eau. Mais c'est encore peu en comparaison des milliers de marais artificiels présents en France. «On essaie déjà dans le monde de reconstruire les milieux humides pour améliorer la qualité de l'eau, explique Changhuin Peng. Ce qui rend la recherche excitante est qu'elle prouve en plus qu'il est possible d'en retirer du biocarburant.»