Les travaux de sondage réalisés cette semaine sur le terrain du promoteur et sénateur Paul Massicotte, à Saint-Bruno, ne posent aucun risque pour une espèce de plante menacée de disparition, estime le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP).

Mis à jour le 28 janv. 2012
Charles Côté LA PRESSE

Une inspection mercredi a permis au Ministère de conclure que les travaux de sondage ont évité les zones où pousse du ginseng à cinq folioles, une espèce dont la situation «se révèle extrêmement précaire» au Québec.

Selon Daniel Leblanc, directeur adjoint au MDDEP pour la région de la Montérégie, «les travaux actuels respectent la Loi sur la qualité de l'environnement et la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables».

M. Leblanc confirme pour la première fois officiellement qu'il y a du ginseng à cinq folioles sur le terrain, sur la foi d'un inventaire réalisé l'an dernier.

L'espèce ne figurait pas dans une étude commandée par la Ville de Saint-Bruno-de-Montarville, qui a servi à évaluer les projets immobiliers sur son territoire.

Des biologistes de l'UQAM, dont le professeur Daniel Gagnon, avaient aussi trouvé du ginseng sur le terrain. «On y a trouvé pas mal de plants de ginseng, avait-il indiqué à La Presse. Il y a plusieurs autres espèces qui sont désignées vulnérables, mais ce qui fait la valeur de cette forêt, sa rareté, ce sont ses grands arbres matures. C'est une forêt du sud du Québec comme on en voit de moins en moins.»

Le promoteur continue d'affirmer dans ses documents promotionnels que «le site n'abrite aucune plante menacée». Il prévoit la construction de 30 maisons luxueuses sur le terrain.

Déplacer les plantes

M. Leblanc affirme que, au moment de présenter son projet au MDDEP, le promoteur pourra de toute manière proposer de transplanter le ginseng pour «s'assurer de la viabilité de l'espèce».

«C'est une possibilité, dit-il. Il faut voir si l'environnement où on veut les déplacer est propice.»

Mais selon la biologiste Tanya Handa, de l'UQAM, c'est «une mauvaise idée». «Si on veut que l'espèce se perpétue, il faut conserver son habitat, sinon on ne fait rien pour sa conservation, dit-elle. C'est d'ailleurs ce que prévoit l'article 17 de la Loi sur les espèces menacées. Le MDDEP n'arrête pas de répéter que le terrain n'a pas de valeur écologique parce qu'il est à côté du parc, alors que c'est le contraire. Parce qu'il est à côté du parc, il a une grande valeur comme couloir naturel.»

Les citoyens de Saint-Bruno opposés au projet demeurent très critiques de l'approche du MDDEP dans ce dossier. Ils prévoient manifester lundi devant les bureaux du Ministère à Longueuil.

«La Ville et le sénateur-promoteur Paul J. Massicotte n'ont pas le droit de modifier de quelque façon que ce soit l'habitat des espèces menacées, et cet habitat couvre les six hectares de la forêt des Hirondelles», affirme Caroline Rodrigue, présidente de l'Action pour l'environnement (APES).