Le Canada s'est fixé des cibles «stupides» en signant le protocole de Kyoto, a affirmé le premier ministre Stephen Harper, mardi, devant un barrage de critiques sur sa décision de se retirer du traité.

Martin Croteau LA PRESSE

Les écologistes et les partis de l'opposition sont revenus à la charge, hier, sur la décision du gouvernement Harper de ne plus adhérer au traité. Ils ont rejoint la Chine, la France et les Nations unies, qui ont toutes déploré le retrait.

Mais Stephen Harper persiste et signe. Le traité n'imposait aucune restriction aux principaux émetteurs de gaz à effet de serre (GES), fait-il valoir. Le Canada devait donc s'en retirer, et convaincre tous les pays d'adopter des cibles contraignantes.

Le premier ministre en a rajouté, à la période des questions, qualifiant de «stupides» les cibles acceptées par le Canada lors de la ratification du traité, en 1997.

«Ce qui n'avait aucun sens pour ce pays, a-t-il affirmé aux Communes, c'était qu'un gouvernement libéral signe le protocole de Kyoto, qu'il signe ce que je pense honnêtement être des cibles stupides et qui n'avait aucun plan après 10 ans au pouvoir pour les mettre en place.»

Concert de critiques

La décision du gouvernement Harper a été accueillie par un concert de critiques à l'étranger. La nouvelle a fait la manchette de la BBC, de CNN, même du Teheran Times, quotidien iranien, qui a titré que le Canada est un «voyou» à l'égard de Kyoto.

«Que le Canada fasse partie du protocole de Kyoto ou pas, il a l'obligation légale sous la convention de réduire ses émissions, et une obligation morale envers lui-même et les générations futures de mener l'effort mondial», a déploré Christiana Figueres, chef de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Le Canada, dit-elle, se retrouve dans une position faible pour exiger que les pays émergents limitent leurs émissions.

La France et la Chine ont également critiqué la décision d'Ottawa. Paris y voit une «mauvaise nouvelle pour la lutte contre le changement climatique». Pékin l'a pour sa part jugée «regrettable», affirmant qu'elle va «à l'encontre des efforts de la communauté internationale».

Au Canada, les partis de l'opposition ont redoublé leurs critiques du gouvernement Harper. La chef du Parti vert, Elizabeth May, l'accuse de violer la loi canadienne en mettant fin à son engagement international sans d'abord obtenir l'aval du Parlement.

«Le problème n'est pas que l'entente soit imparfaite, a-t-elle déclaré. C'est l'absence de volonté politique. C'est la lâcheté des pays qui ont plus peur du lobby pétrolier qu'ils souhaitent protéger leurs enfants.»

«À la place de dire que les cibles de Kyoto étaient stupides, commencez par prendre action, faites quelque chose. Il ne le fait pas en ce qui concerne les changements climatiques, il se retire, a dénoncé la chef néo-démocrate Nycole Turmel. On représente une gêne à travers le monde.»

Le député libéral Stéphane Dion, ancien ministre de l'Environnement, souligne que le premier ministre Harper a déjà qualifié le protocole de Kyoto de «complot socialiste».

«Ce qui est stupide, c'est la position du gouvernement et du Parti conservateur à l'époque, qui disait que la lutte contre les changements climatiques était une invention socialiste, a-t-il raillé. Mais je ne doute pas que quelque part dans leur esprit, c'est encore cette stupidité qui les habite.»

-Avec l'AFP