Un regroupement lance une vaste campagne pour barrer la voie à l'exploration minière, gazière et pétrolière à travers le Québec, a appris La Presse. Jugeant insuffisante la révision de la Loi sur les mines, plusieurs groupes se sont alliés pour lancer aujourd'hui un site internet expliquant comment les Québécois peuvent imposer un «moratoire citoyen» à l'industrie en lui refusant l'accès à leur propriété.

Mis à jour le 5 déc. 2011
Pierre-André Normandin LA PRESSE

Le mouvement s'inspire de la bataille livrée depuis près d'un an par les citoyens de Saint-Camille, en Estrie, pour empêcher l'ouverture d'une mine d'or à ciel ouvert dans leur municipalité. En février, plus de 70 propriétaires ont écrit à la compagnie Bowmore pour l'aviser qu'ils refusaient de lui accorder l'accès à leur terrain afin d'explorer leur sous-sol.

La Loi sur les mines prévoit en effet que les entreprises minières doivent tenter de s'entendre avec les propriétaires avant de pouvoir entamer des démarches d'expropriation. Même si le gouvernement s'est toujours montré réticent à exproprier les propriétaires, les instigateurs espéraient que la multiplication des refus paralyserait le processus, si la compagnie devait s'en prévaloir.

L'expérience de Saint-Camille s'est soldée par une demi-victoire, puisque Bowmore a tout de même réussi à faire des forages exploratoires après s'être entendu avec quelques propriétaires. N'empêche, le mouvement lancé à Saint-Camille en février dernier a rapidement fait des petits. Des milliers de propriétaires ont envoyé un refus d'accès aux entreprises détenant des droits d'exploration et d'exploitation dans leur secteur, notamment à Pointe-à-la-Croix, en Gaspésie, aux Îles de la Madeleine et dans la MRC de Bécancour. Depuis février, plusieurs municipalités ont également adopté des résolutions pour interdire leur territoire à l'exploration, dont Saint-Mathieu-de-Rioux, au Bas-Saint-Laurent, et Saint-Ours, en Montérégie.

Et voilà que plusieurs groupes tentent maintenant d'étendre la vague à l'échelle de la province en lançant le site moratoirecitoyen.com. Les instigateurs y expliquent en détail comment barrer la voie aux entreprises minières. Le site rassemble des cartes permettant de savoir quelles compagnies possèdent des droits d'exploration, comment trouver leur adresse et des modèles de lettre de refus d'accès à leur faire parvenir.

Réponse au bâillon

Cette campagne nationale est en quelque sorte la réponse des opposants à l'exploration tous azimuts et au bâillon que le gouvernement a menacé d'imposer pour faire adopter d'ici les Fêtes sa révision de la Loi sur les mines.

Le ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard, a présenté la semaine dernière une série d'amendements au projet de loi 14. Ceux-ci permettront notamment aux Municipalités régionales de comté (MRC) de bloquer les projets miniers dans les secteurs résidentiels, récréotouristiques ou de villégiature. L'expropriation des citoyens ne sera plus permise pour faciliter l'exploration. Tous les projets miniers devront également faire l'objet d'une consultation publique et d'une évaluation environnementale.

Ces amendements ont soulevé la colère de l'industrie, tandis que la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine y a d'abord vu «un pas dans la bonne direction». Craignant de voir le projet de loi adopté tel quel à la suite de la menace de bâillon, le regroupement juge maintenant que ces changements ne vont pas assez loin.