On se perd toujours en conjectures sur les causes qui sont à l'origine de la «pluie» d'oiseaux survenue dans la nuit du Nouvel An dans la petite ville de Beebe, en Arkansas.

Publié le 6 janv. 2011
Pierre Gingras LA PRESSE

De 2000 à 5000 oiseaux, surtout des carouges à épaulettes mais aussi quelques étourneaux sansonnets et des quiscales bronzés, ont été trouvés à l'aube sur des pelouses, dans les rues et sur des trottoirs de la municipalité de 5000 habitants. La situation est d'autant plus curieuse que deux autres incidents semblables, mais de moindre envergure, se sont produits mardi dans deux autres États, la Louisiane, plus au sud, et le Kentucky, au nord-est de l'Arkansas.

Selon les autorités de Beebe, le bruit provoqué par des feux d'artifice au cours de la nuit aurait pu effaroucher les oiseaux qui, désorientés, se seraient heurtés mortellement aux branches ou encore aux murs des maisons. Toutefois, selon les premières constatations, il semble que les oiseaux étaient déjà morts avant leur impact sur le sol.

John Fitzpatrick, responsable du Laboratoire d'ornithologie de l'Université Cornell, institution de réputation internationale, a soutenu au cours de nombreuses entrevues hier que c'était probablement le mauvais temps qui avait été en cause.

Selon lui, au cours de la nuit, un groupe d'oiseaux séjournant dans un dortoir ont probablement été aspirés par un orage. Détrempés, ils auraient alors subi un choc thermique mortel en raison des températures très froides en altitude pour ensuite tomber sur le sol. En pareil cas, la mort peut survenir en quelques minutes.

Les conditions météorologiques étaient effectivement très mauvaises dans la région le 31 décembre. Des vents ascendants puissants, notamment lors d'une tornade, auraient pu tuer les carouges et les transporter à plusieurs kilomètres de leur dortoir.

On ignore aussi les causes des «pluies» d'oiseaux survenues en Louisiane et au Kentucky.

Plusieurs experts québécois que La Presse a consultés se sont montrés étonnés par ces incidents sur une très courte période, mais la plupart favorisent d'abord des causes météorologiques.

Un oiseau grégaire

La mort d'un si grand nombre d'oiseaux s'explique par ailleurs par les habitudes grégaires du carouge à épaulettes, habituellement considéré comme l'espèce la plus abondante en Amérique du Nord avec des effectifs qui dépasseraient les 200 millions d'individus. Le carouge niche de l'Alaska à l'Amérique centrale, mais la plupart des populations, notamment dans le Nord, sont migratrices et vont hiverner dans les États du sud des États-Unis.

Exception faite de la période de reproduction, le carouge est très grégaire et passe la nuit dans des arbres qui réunissent souvent des milliers d'oiseaux. Dans le Sud, en raison de la concentration sur les aires d'hivernage, ces dortoirs peuvent compter des dizaines sinon des centaines de milliers d'individus auxquels se joignent souvent d'autres espèces. L'impact d'une tornade, par exemple, peut être considérable.

Rappelons aussi que le carouge à épaulettes est considéré comme une vraie plaie par les producteurs de maïs et qu'on tente souvent de s'en débarrasser par tous les moyens. Dans la région de Montréal, plusieurs grands champs de maïs sont équipés de canons spéciaux en vue de les effrayer par des détonations.