Le Québec n'est pas assez riche pour dire non à de nouvelles avenues de croissance, que ce soit le gaz de schiste, l'uranium ou un pipeline qui acheminerait le pétrole de l'Alberta à ses raffineries.

Hélène Baril LA PRESSE

Luc Godbout, économiste et spécialiste des finances publiques, n'aime pas la façon dont évolue le débat sur le développement économique. «Avant de dire non, il faut analyser les coûts et les bénéfices du projet pour la société», dit-il.

Ce qu'il faut se demander, selon lui, c'est ce qu'on peut faire avec les revenus générés par un projet. «On a besoin de croissance économique pour maintenir nos services. Il y a deux sources de croissance économique: les gains de productivité et les nouvelles activités économiques comme le gaz de schiste.»

Vus de cette façon, les projets de développement économique sont plus faciles à justifier, croit-il. Si on les repousse, les revenus dont on a besoin devront venir d'ailleurs, c'est-à-dire des taxes et des impôts.

Bien encadré, le développement du gaz de schiste peut générer des revenus qui remplaceront par exemple une autre augmentation de la TVQ, illustre le professeur de l'Université de Sherbrooke.

Dans un monde idéal, la croissance proviendrait uniquement de l'économie du savoir, une activité moins polluante que le pétrole ou le gaz. Dans la réalité, ça ne se passe pas comme ça. «Si on n'exploite pas l'uranium qu'on a, d'autres pays l'exploiteront parce que la demande pour l'uranium ne disparaîtra pas», souligne-t-il.

La situation budgétaire du Québec n'est pas critique, selon le spécialiste, mais elle risque de le devenir rapidement avec le vieillissement de population.

Payant à quel point?

Avec les taux en vigueur actuellement, le Trésor québécois recevrait de 10 à 12,5% de la valeur de la production du gaz issu des schistes sous forme de redevances. Est-ce assez?

Le niveau idéal des redevances est une question qui fait l'objet d'éternelles discussions, explique Joseph Doucet, professeur spécialisé dans les questions énergétiques à l'Université de l'Alberta.

«Le gouvernement doit concilier des objectifs contradictoires, soit de permettre à l'industrie de se développer, d'une part, et d'obtenir le maximum de revenus, d'autre part», explique-t-il.

Il estime que le régime albertain de redevances est «un peu trop généreux» envers l'industrie.

Dans le cas du gaz de schiste, une ressource répandue dans plusieurs provinces canadiennes et États américains, les entreprises iront là où les coûts d'exploitation sont les moins élevés, souligne Joseph Doucet. «Ça dépend du taux de redevance, mais aussi d'autres facteurs comme l'abondance de la ressource et la proximité des gazoducs pour acheminer le gaz vers les consommateurs.»

Si l'État est trop gourmand, les entreprises iront ailleurs. S'il ne l'est pas assez, ses ressources n'enrichiront pas la collectivité.

Si le Québec se retrouve au premier rang du classement des endroits préférés par l'industrie, comme celui publié par l'Institut Fraser, c'est probablement qu'il sera trop généreux, convient le professeur.

Le Québec a occupé la première place de ce classement pour l'industrie minière pendant trois ans. Les entreprises ont réussi pendant cette période à payer des redevances insignifiantes alors que leurs profits étaient très élevés. Le gouvernement de Jean Charest vient de corriger le tir, avec comme résultat que le Québec est passé du premier au troisième rang du classement.

S'il veut profiter davantage de sa ressource, le gouvernement peut toujours investir directement dans les entreprises qui l'exploitent, avec la Société générale de financement ou une autre société d'État. Le premier ministre de Terre-Neuve, Danny Williams, l'a fait avec le pétrole, au bénéfice de sa province.

C'est possible, mais pas idéal, croit le spécialiste albertain. «Nos gouvernements ne sont pas équipés pour investir dans ce genre de projets. Ils n'ont pas l'expertise nécessaire et ce n'est pas leur priorité.»