Des citoyens et des groupes au Québec et dans l'État de New York pressent leurs gouvernements respectifs de suspendre tout forage gazier en attendant d'en savoir plus sur ses conséquences sur l'environnement.

Charles Côté LA PRESSE

Le Parti québécois demande que le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) se penche sur «l'industrie du gaz de schiste dans le but d'établir les conditions de son acceptabilité sociale et l'optimisation des retombées économiques».

 

«On veut une perspective globale et une réglementation, de façon à éviter le développement anarchique, dit Scott McKay, porte-parole du Parti québécois en matière d'environnement. On veut que le BAPE se penche sur l'ensemble des avantages et inconvénients, avant d'aller de l'avant.»

À la législature de l'État de New York, deux propositions de moratoire ont été adoptées par des comités de parlementaires et devaient passer au vote.

Les opposants ont été galvanisés par la projection dans plusieurs villes du documentaire Gasland, gagnant d'un prix au festival Sundance cette année.

La Presse a assisté à une de ces représentations à Cooperstown, dans l'État de New York. Dans cette ville de 2000 habitants, célèbre pour son Temple de la renommée du baseball, 500 personnes s'étaient déplacées pour voir le documentaire-choc dénonçant les impacts néfastes de l'exploitation du gaz de shale aux États-Unis. (On dit aussi gaz de schiste au Québec).

Cette industrie née à la fin des années 90 extrait le gaz du roc en le faisant fendre sous la pression de l'eau et des produits chimiques injectés dans les puits, un processus appelé fracturation.

Dans la région de Cooperstown, l'une des plus pauvres de l'État de New York, les projets d'exploitation de gaz de shale rencontrent de la résistance, mais plusieurs propriétaires terriens voudraient au contraire profiter de la manne des redevances gazières.

Ces derniers temps, les reportages et dossiers sur le gaz de shale se sont multipliés dans les médias américains.

Les gouvernements ont commencé à réagir. L'agence fédérale de protection de l'environnement (EPA) a lancé une étude de l'impact des forages gaziers sur l'eau potable. En Pennsylvanie, où le gouvernement a jusqu'ici été très favorable à l'industrie, les autorités ont finalement publié la semaine dernière une liste des produits chimiques employés lors des opérations de forage. Le Wyoming a aussi demandé plus de transparence à l'industrie au sujet des produits chimiques qu'elle utilise.

La décision qui a le plus fait réagir est celle de la Ville de New York, qui a interdit tout forage dans la région de 4000 km2 qui approvisionne son aqueduc municipal.

Rapport

Cette décision a donné suite aux conclusions d'un rapport publié en décembre. Dans ce rapport, le service de l'environnement de la Ville de New York a projeté l'impact de l'exploitation gazière sur 20 ans. Le rapport souligne que chaque opération de fracturation utilise «de 80 à 330 tonnes de produits chimiques» souvent gardés secrets. «De ceux qui sont connus, plusieurs sont toxiques pour l'environnement et la santé humaine», note le rapport.

Le rapport examine les impacts de l'exploitation normale, mais aussi les risques d'accident. Par exemple, pour certains produits chimiques utilisés, un déversement accidentel du chargement nécessaire à une seule opération de fracturation suffisait à contaminer un réservoir au-delà des normes d'eau potable.

C'est ce travail qui devrait être fait au Québec, affirme l'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA).

«Le document de New York confirme les inquiétudes de l'AQLPA, dit André Bélisle, président de l'organisme. L'utilisation massive de l'eau pose problème. Le traitement de l'eau contaminée pose problème. Les risques d'accident posent problème. On peut aussi parler de la qualité de l'air. Chaque puits devient une source de pollution atmosphérique. Si on multiplie par des centaines de puits, ça devient comme un mégaprojet industriel.»

«Si on se penche sur les agents chimiques utilisés aux États-Unis, ça devient inquiétant, dit-il. Au total, on parle de quantités industrielles de produits chimiques utilisés. Le rapport de la Ville de New York démontre qu'on est particulièrement en droit de demander un moratoire et un BAPE. Alors qu'au contraire, on a accordé des centaines de permis de forage sans aucun cadre.»

De son côté, l'industrie québécoise continue de souligner l'importance de ce nouveau secteur gazier pour l'économie. «La mise en valeur des ressources gazières est pour nous, Québécois, synonyme d'enrichissement collectif et de création d'emplois», a affirmé André Caillé, président de l'Association pétrolière et gazière du Québec, dans une réaction à un reportage publié mardi dans La Presse.

«Notre industrie ne pourra pas se développer si tous les moyens ne sont pas pris pour assurer des opérations sécuritaires et menées de façon responsable», a-t-il toutefois précisé.

M. Caillé est consulté par la ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, en vue de la rédaction d'un projet de loi sur le secteur pétrolier et gazier, devant être présenté à l'automne.