Malgré le moratoire imposé par le président Barack Obama sur les activités de forage en mer, BP, cette société britannique responsable de la marée noire dans le golfe du Mexique, pourrait quand même commencer à forer dès l'automne prochain dans la mer de Beaufort.

Mis à jour le 2 juill. 2010
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Devant le piètre bilan de cette société en matière de protection de l'environnement, les partis de l'opposition pressent le gouvernement Harper d'intervenir de toute urgence auprès de Washington afin d'empêcher cela.

 

La mer de Beaufort, d'une superficie de quelque 45000 km2, fait partie de l'océan Arctique. Elle borde l'Alaska du côté américain et le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest du côté canadien. Le Canada et les États-Unis ne s'entendent pas sur la frontière maritime internationale dans la mer de Beaufort.

Les deux pays ont déjà délivré des licences et des concessions à BP pour l'exploration pétrolière dans la zone litigieuse. En 2008, le gouvernement canadien a en effet vendu trois licences d'exploration à BP pour 1,2 milliard de dollars. Il ne lui a pas encore accordé de permis pour forer, mais les autorités américaines l'ont fait.

Le moratoire serait inefficace

Selon le New York Times, le moratoire imposé par l'administration de Barack Obama, s'il touche deux projets de forage de Shell dans la mer de Beaufort, n'empêcherait pas BP de procéder.

La raison? Les installations de BP sont situées dans une île artificielle - 12 hectares de pierre concassée dans environ 6m d'eau. Même si l'île est située à 5km des côtes de l'Alaska, le projet Liberté est considéré comme un puits terrestre, selon le quotidien new-yorkais.

BP prévoit forer 3,2km sous la mer et ensuite de 9,6 à 12,8 kilomètres horizontalement pour accéder à une réserve qui contiendrait quelque 100 millions de barils de pétrole. Cette technique de forage est relativement nouvelle et comporte des risques, selon les experts, parce que les éruptions de gaz sont plus fréquentes et sont plus difficiles à détecter.

Canada 

Le Canada est-il à l'abri?

Le ministre des Ressources naturelles, Christian Paradis a indiqué le mois dernier qu'il souhaitait revoir «de fond en comble», avec ses homologues provinciaux, le régime réglementaire canadien afin de vérifier s'il est aussi efficace qu'il devrait l'être pour éviter un désastre comme celui qui frappe le golfe du Mexique.

Il a aussi indiqué avoir entrepris une révision des mesures de sécurité et de protection de l'environnement dans le cas des forages dans l'Arctique.

«Le Canada et les États-Unis doivent s'assurer que des régimes solides sont en place afin de protéger la santé et la sécurité des travailleurs ainsi que l'environnement. Le Canada dispose de lois et de normes environnementales strictes, d'un régime de sécurité solide et d'organismes de réglementation expérimentés et indépendants pour encadrer les activités pétrolières et gazières en mer. Les entreprises qui souhaitent effectuer un forage en mer doivent fournir un plan d'intervention d'urgence et un plan de secours approuvés par l'organisme de réglementation concerné avant qu'une autorisation de forage ne soit délivrée», a-t-on indiqué jeudi au bureau de M. Paradis.

L'opposition insatisfaite

Mais les partis de l'opposition jugent ces mesures insuffisantes. Le chef du NPD, Jack Layton, croit que le gouvernement canadien doit exiger de voir les plans de BP avant toute activité de forage. «Cela nous inquiète parce qu'on sait qu'il n'y a aucune façon de nettoyer une fuite dans ces conditions difficiles. Nous devons avoir les plans. Nous sommes les voisins des États-Unis et nous serons touchés s'il y a une catastrophe. Aussi, l'Arctique est un écosystème très fragile», a dit M. Layton.

Le critique bloquiste en matière d'environnement, Bernard Bigras, affirme que le gouvernement canadien doit saisir le Conseil de l'Arctique, dont font partie le Canada, les États-Unis, le Danemark, la Finlande, la Russie, la Suède, l'Islande et la Norvège, pour qu'il adopte un plan de protection de l'environnement comparable à celui qui est en vigueur dans l'Antarctique.

«L'industrie pétrolière cherche constamment des échappatoires. Elle a fait beaucoup de pressions pour que les évaluations environnementales liées au forage exploratoire soient allégées. On doit étendre le moratoire à l'ensemble de l'Arctique, peu importe qu'il s'agisse d'une île artificielle ou dans la mer. Les risques pour l'écosystème demeurent les mêmes», a affirmé M. Bigras.

Avec William Leclerc