Les révélations éclaboussant le Groupe intergouvernemental d'experts du climat (GIEC) confirment «la sagesse» du gouvernement Harper, qui a refusé jusqu'ici de lutter avec vigueur contre les changements climatiques, estime le député conservateur Maxime Bernier.

Mis à jour le 24 févr. 2010
François Cardinal LA PRESSE

Dans une lettre publiée aujourd'hui dans La Presse, l'ancien ministre des Affaires étrangères prend le contre-pied du consensus scientifique, remettant en question le lien entre les émissions de gaz à effet de serre et le réchauffement de la planète.

«Il serait irresponsable de dépenser des milliards de dollars et d'imposer une réglementation exagérément sévère pour régler un problème dont on est toujours loin de cerner la gravité. L'alarmisme qui a souvent caractérisé cette question n'est plus de mise. Le Canada a raison d'être prudent», écrit-il dans cette missive écrite à titre personnel. Il soutient que personne au cabinet de M. Harper n'a vu la lettre avant qu'elle ne soit transmise à La Presse.

M. Bernier souligne, dans cette sortie qui coïncide avec la montée du scepticisme dans la population, que les erreurs commises par le GIEC combinées aux «théories alternatives qui ont été mises de l'avant» justifient l'attentisme d'Ottawa dans ce dossier.

«De très sérieux scientifiques croient qu'on sous-estime l'influence du soleil et d'autres facteurs qui n'ont rien à voir avec le CO2 dans l'étude des changements climatiques», note-t-il.

Expert indigné

Interrogé au sujet de la lettre, le directeur du Centre pour l'étude et la simulation du climat de l'UQAM, René Laprise, s'est montré indigné. Seul Québécois à avoir participé aux travaux du GIEC, il soutient que M. Bernier parle d'un sujet qu'il ne connaît visiblement pas.

«Lorsqu'on discute sport, politique, mesures sociales, goûts artistiques, chacun a droit à ses opinions, note-t-il. Quand on prétend discuter science, alors il faut le faire avec les standards scientifiques qui ont cours. Les commentaires du député démontrent qu'il n'a pas fait ses classes: par ses commentaires mal informés, il échoue à l'examen.»

Le Dr Laprise estime que M. Bernier tombe dans le même panneau que bien des «sceptiques»: il ne distingue pas la variabilité naturelle de la température du réchauffement causé par les «forçages externes» (gaz à effet de serre, aérosols, etc.).

Les changements climatiques, dit-il, sont touchés à la fois par les émissions d'origine humaine et par la variabilité naturelle. «Or, au rythme où nous relâchons des GES dans l'atmosphère, les tendances climatiques résultantes vont un jour dominer la variabilité naturelle», précise-t-il.

Cela signifie-t-il, pour M. Bernier, qu'il faille se croiser les bras? «Non, je pense qu'il serait irréaliste de ne rien faire, pour toutes sortes de raisons politiques évidentes, précise-t-il en entretien. Mais il faut être prudent plutôt qu'ambitieux sur cette question. C'est pourquoi j'appuie tout à fait la position de mon gouvernement, qui a fait montre de prudence même si cela lui a attiré des critiques et la condamnation des militants écologistes.»

En soirée, le cabinet du ministre de l'Environnement, Jim Prentice, a tenu à se distancier de la lettre. «Le député s'est exprimé sur une base personnelle, a indiqué le porte-parole Frédéric Baril. Ça ne reflète d'aucune façon la position du ministre ou du gouvernement.»

Soulignons que les plus récents sondages, aux États-Unis et en Grande-Bretagne entre autres, révèlent une diminution importante de la confiance accordée aux scientifiques du climat. Le taux de répondants croyant à l'existence du réchauffement planétaire causé par l'homme connaît une baisse importante depuis l'automne dernier.