Les planchers d'un bon nombre d'écoles du Québec contiennent de l'amiante. Or une étude menée par la CSST révèle que les techniques de nettoyage libèrent des fibres de cette «matière dangereuse» dans l'air de ces établissements, a appris La Presse.

Mis à jour le 21 sept. 2009
François Cardinal LA PRESSE

Bien qu'il s'agisse d'un problème qui dure depuis longtemps, les autorités ne s'y sont attardées que tout récemment, après que l'on eut diagnostiqué une amiantose chez un concierge de la commission scolaire Marie-Victorin, à Longueuil.

 

Confirmée par un comité de pneumologues indépendants, la maladie a incité la CSST à mener sa propre enquête. Au cours des derniers mois, elle a ainsi effectué des tests de nettoyage sur les planchers en vinyle-amiante de l'école Notre-Dame, à Longueuil, à l'aide d'une brosse rotative couramment utilisée dans les établissements scolaires.

En attendant les résultats, plusieurs écoles ont dû nettoyer leurs planchers à la main révélait le Journal de Montréal en mai dernier. Or le rapport déposé le mois suivant, obtenu par La Presse, conclut que «les travaux d'entretien ménager à la machine sur des revêtements en vinyle-amiante peuvent libérer des fibres d'amiante dans l'air».

Sans préciser si l'amiantose dudit concierge est directement attribuable aux revêtements de plancher, la CSST souligne que «les travailleurs qui exécutent (l'entretien ménager) sont exposés de façon intermittente à l'amiante à des niveaux qui dépendent des méthodes de travail, des équipements et des accessoires utilisés et de la protection des surfaces.»

Or, précise la Commission de la santé et de la sécurité du travail, «l'amiante est une matière dangereuse qui peut causer l'amiantose, le cancer du poumon, le mésothéliome».

Les commissions scolaires jointes ces derniers jours ont toutes reçu les «exigences» de la CSST au début du mois de juillet dernier. Elles sont actuellement à organiser des formations pour leur personnel d'entretien, afin que leurs nouvelles méthodes de décapage, de polissage et de cirage des planchers soient moins dangereuses.

«La CSST nous autorise maintenant à utiliser les machines rotatives, mais à certaines conditions bien précises, indique Luc Lafrenière, préventionniste à la commission scolaire Marie-Victorin. Nous devons par exemple travailler en condition humide, appliquer deux couches de cire avant le polissage et le récurage et bien protéger nos employés.»

Même son de cloche dans les autres commissions scolaires jointes, dont celle de la Pointe-de-l'Île, qui regroupe 72 établissements scolaires de Montréal. «Une trentaine d'écoles ont des planchers recouverts de tuiles en vinyle-amiante, explique Christiane Saint-Onge, porte-parole. Nous sommes donc en train de mettre sur pied la formation nécessaire à nos employés.»

Il n'existe pour l'instant aucun inventaire des revêtements de plancher dans les écoles du Québec. Nous avons cependant appris que la plupart des tuiles en vinyle fabriquées avant 1983 contiennent de l'amiante chrysotile, ce qui laisse croire que bon nombre de planchers des écoles du Québec en sont recouverts. Après cette date, elles ne contiennent pas d'amiante chrysotile (il n'est pas question d'amiante amphibole dans le rapport de la CSST).

«Compte tenu que seulement 6 de nos 85 établissements ont été construits après 1983, nous mettrons en place les exigences de la CSST à travers tous les établissements de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys», souligne Brigitte Léonard, porte-parole.

Pour le Mouvement pro-chrysotile, les travaux menés par la CSST sont «tout à fait stupides». «Est-ce que le concierge est un ancien fumeur? A-t-il travaillé dans des mines d'amiante il y a longtemps? Comment savoir que l'amiantose est reliée à ses travaux ménagers?» demande Serge Boislard, président.

«Nettoyer un plancher, c'est tout à fait sécuritaire! lance-t-il. La CSST, comme l'INSPQ (Institut national de santé publique du Québec), essaye juste de trouver de nouveaux embêtements (à l'industrie), comme elle a toujours tenté de le faire depuis que le Québec a adopté sa politique d'utilisation accrue, en 2002.»