Des groupes écologistes, autochtones et syndicaux ont profité d'une rencontre avec les hautes autorités de l'État de New York, hier, pour les inciter à lever le nez sur l'hydroélectricité québécoise.

Mis à jour le 11 mars 2009
François Cardinal LA PRESSE

Réunis à Albany, les représentants d'organismes comme le Sierra Club USA, la communauté innue d'Uashat-Maliotenam, la coalition syndicale Apollo Alliance et le groupe Alliance Romaine ont pu faire valoir leur point de vue à plusieurs membres du cabinet du gouverneur David A. Paterson.

 

À l'instigation d'écologistes américains, ces groupes ont en effet pu rencontrer, pendant plus de deux heures, des conseillers supérieurs du gouvernement ainsi que les secrétaires adjoints à l'Énergie, Paul DeCotis, et à l'Environnement, Judis Enck.

Le chef de la communauté d'Uashat-Maliotenam (Sept-Îles), Georges-Ernest Grégoire, a même croisé le gouverneur Paterson, ce qui lui a permis de défendre sa position en personne. «Le chef a pu faire valoir ses inquiétudes directement au gouverneur», a relaté Rosario Pinette, membre de la délégation innue.

Les personnes présentes à cette «réunion d'information» avaient en commun d'être opposées à la reconnaissance de l'hydroélectricité comme énergie renouvelable, ou encore à des projets plus spécifiques comme la Romaine.

En se rendant aux États-Unis, ils souhaitaient contrebalancer les pressions faites récemment par le gouvernement Charest, afin que les Américains intègrent l'hydroélectricité aux sources d'énergie dites renouvelables.

Étaient-ils convaincants? «Nous ne répondrons pas à cette question pour l'instant, a indiqué le porte-parole du gouverneur, Morgan Hook. Nous étions là pour écouter, pour obtenir les deux côtés de la médaille. Une décision sera prise ultérieurement.»

Les participants à la rencontre se sont néanmoins dits «très contents» de son déroulement. Ils se sont aussi dits «encouragés» par l'ouverture des proches du gouverneur Paterson.

«Nous espérons que les États-Unis continueront de ne pas considérer la grande hydroélectricité comme une source d'énergie propre, a indiqué Fran Bristow, porte-parole d'Alliance Romaine. Ainsi, Hydro-Québec ne sera pas encouragée à produire de l'électricité qui dépasse de loin ses besoins actuels et à venir.»

L'enjeu est l'intégration de l'hydroélectricité dans les programmes américains de subvention au développement des sources d'énergie alternatives. Le Québec souhaiterait voir sa richesse hydraulique reconnue dans les «Energy Portfolio Standards», entre autres, des programmes réglementaires qui visent l'essor des petits producteurs d'énergie verte. Le gouvernement Charest redouble d'ardeur, en ce sens, depuis l'élection de Barack Obama à la présidence. Ce dernier s'est montré très ouvert à l'exploitation des sources d'énergie peu ou pas polluantes.

De l'avis d'Hydro-Québec, il va sans dire que l'hydroélectricité est une énergie «propre, verte et renouvelable». «Il y a d'ailleurs un consensus mondial à ce sujet, a précisé la porte-parole, Marie-Élaine Deveault. Lors de la Conférence internationale sur les énergies renouvelables, qui a eu lieu à Bonn en 2004, 154 pays ont reconnu le caractère renouvelable de l'hydroélectricité. Ils ont convenu que cette filière devait être développée, au même titre que l'éolien, le solaire et la biomasse.»

Par ailleurs, le chef Grégoire, ainsi que les quatre personnes qui l'accompagnaient, ont profité de la réunion pour dénoncer le projet la Romaine, plus précisément la ligne de transmission qui le raccordera au réseau. Ils ont notamment indiqué aux représentants de l'État que les trois quarts de cette ligne passeront sur des terres ancestrales, raison pour laquelle ils se battront corps et âme contre le projet.

L'Alliance romaine, un regroupement d'une cinquantaine de personnes, a quant à elle livré son interprétation du plus récent rapport du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE). «Certains médias ont interprété les conclusions comme un feu vert à la destruction de la rivière. Or le rapport fait clairement mention des risques écologiques non mesurables, en particulier ceux touchant le saumon atlantique, le caribou et à l'accumulation du mercure», a précisé Mme Bristow.

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