Le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, est certainement l'un des plus ardents partisans du développement hydroélectrique au Québec. Pour en savoir plus sur la stratégie de son gouvernement, La Presse lui a posé quelques questions.

Mis à jour le 6 mars 2009
François Cardinal LA PRESSE

QPourquoi l'hydroélectricité n'est-elle pas considérée comme une source d'énergie verte aux États-Unis?

RLes gens pensent encore qu'en construisant un barrage, un réservoir, on inonde tout, sans prendre en considération les impacts sur l'environnement. Or, les choses ne se font plus de cette manière aujourd'hui. Prenons l'exemple de la Romaine: avant de construire ou d'inonder, on va chercher tout le bois, on prend plein de mesures d'atténuation pour être certains que l'on réduise le plus possible les impacts sur l'environnement. C'est cette nouvelle façon de construire qu'il faut vendre aux Américains.

 

Q Que dites-vous précisément aux législateurs que vous rencontrez?

R La question que l'on nous pose tout le temps: concrètement, avez-vous de l'énergie à nous vendre, ou pas? C'est pour ça qu'on met le pied sur l'accélérateur pour les projets de la Romaine et d'Eastmain-Rupert, et pour l'élaboration du Plan Nord. Il faut être capable de leur dire qu'en 2012, en 2014 ou 2015, il y a de nouveaux barrages qui entrent en fonction. Quand on leur dit qu'on est actuellement à l'horizon 2015-2020, cela les impressionne toujours. Nous sommes maintenant à parler de Petit Mécatina, des 3500 MW qu'on veut développer grâce au Plan Nord. Cette sécurité d'approvisionnement à long terme les rassure et leur permet de penser à des investissements et à des partenariats avec nous.

Q Comme cette nouvelle ligne de transmission actuellement à l'étude?

R Oui. Hydro-Québec est partenaire avec deux entreprises américaines de transport pour construire une nouvelle ligne de transmission qui passerait par les Cantons-de-l'Est pour se rendre au New Hampshire (20% au Québec, 80% aux États-Unis). C'est un projet, je ne dirais pas d'aussi grande envergure, mais aussi porteur que les lignes de 2000 MW qui partent de la Baie James et qui se rendent à Boston. Une telle volonté, au sud de la frontière, on n'a pas vu ça depuis 25 ou 30 ans.

Q Craignez-vous une levée de boucliers au Québec?

R On est parfaitement conscients qu'il y a deux écoles de pensée. Certains veulent que l'on continue à produire de l'énergie pour répondre à nos besoins, que l'on délaisse les grands barrages pour l'éolien. Alors que nous, on se dit qu'il faut exploiter le plus possible dans le respect de l'environnement, il faut profiter de l'occasion qui se présente, profiter du marché qui s'ouvre aux États-Unis. Certains ont ri quand j'ai dit ça, mais je le répète: chaque fois que le président Obama parle, il faut écouter et réajuster nos stratégies. J'y crois profondément. Jamais n'a-t-on eu une telle ouverture.

Q Et que répondre aux gens de la première école, qui craignent les dégâts environnementaux?

R Ces «dégâts» sont quand même extrêmement limités et bien encadrés, surtout quand on les compare à la construction d'une centrale au charbon, qui serait juste de l'autre côté de la frontière. Qu'on appelle ça du clean coal ou pas, ça demeure du charbon. J'aime mieux avoir le plein contrôle de ce que nous mettons en place, plutôt que de subir la pollution d'une nouvelle centrale au charbon, qui traversera la frontière jusqu'au Canada.

Q Le but est-il d'exporter nos surplus ou de construire pour exporter?

R Le but est d'exporter nos surplus.