La volonté du gouvernement Charest d'exporter plus d'hydroélectricité vers les États-Unis rencontre une vive résistance: des communautés autochtones, des syndicats et des groupes écologistes se mobilisent afin de convaincre les législateurs américains de refuser l'hydroélectricité québécoise.

Mis à jour le 6 mars 2009
François Cardinal LA PRESSE

Une première démarche en ce sens aura lieu mardi prochain, a appris La Presse, alors que plusieurs organisations sont invitées à se rendre dans l'État de New York pour rencontrer des membres haut placés de l'équipe du gouverneur, David A. Paterson.

L'objectif de cette «rencontre d'information», qui se tiendra dans la capitale de l'État, Albany, est de permettre aux différents groupes de s'exprimer sur une éventuelle croissance des importations d'hydroélectricité du Québec.

Bien garnie, la liste d'invités dressée par des écologistes américains comprend des groupes environnementaux comme le Sierra Club USA, des groupes québécois comme le Centre Hélios, des représentants du mouvement syndical telle la coalition Apollo Alliance ainsi que des communautés innues.

De nombreux groupes ont confirmé leur présence, dont la communauté d'Uashat-Maliotenam, de Sept-Îles, qui sera représentée par son chef, Georges-Ernest Grégoire. «Nous allons faire valoir aux autorités de New York que les autochtones sont traités ici comme des étrangers qui n'ont pas de droits, a indiqué l'avocat de la communauté, James O'Reilly. J'espère que cela permettra une vaste mobilisation, que cela se rendra devant les Nations unies.»

Doit-on s'attendre à une mobilisation internationale comme celle qui a fait tomber le projet Grande Baleine il y a quelques années? «C'est ce que nous souhaitons», a répondu Me O'Reilly.

La tâche sera toutefois plus ardue cette fois-ci, car certains groupes ont décliné l'invitation. L'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) a prétexté un conflit d'horaires, tandis que la Fondation Rivières et Nature Québec ont carrément choisi de ne pas y assister.

Cette levée de boucliers fait suite aux nombreuses visites faites ces derniers mois par les autorités québécoises dans le nord-est des États-Unis et, surtout, aux récentes et insistantes pressions exercées sur Ottawa par Québec.

Dans les jours précédant la rencontre entre Barack Obama et Stephen Harper, le 19 février dernier, le premier ministre Jean Charest avait en effet demandé à ce dernier de sensibiliser le président aux bienfaits de l'hydroélectricité.

Le problème, à l'heure actuelle, c'est que le gouvernement américain ne considère pas l'hydroélectricité comme une énergie renouvelable. Plus précisément, il refuse que l'électricité provenant des grands barrages soit admissible à un programme fédéral de subvention appelé «Renewable Energy Production Incentive».

Du coup, l'hydroélectricité est financièrement moins intéressante que les autres filières d'énergie propre, comme le solaire, l'éolien et la géothermie, qui ont droit à une subvention de 1,5 ¢/kWh.

La situation est sensiblement la même dans les États américains, où les grands projets hydroélectriques ne sont pas reconnus dans les «Energy Portfolio Standards», un programme réglementaire qui vise le développement des petits producteurs d'énergie verte.

«Nous avons nos propres programmes d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables, précise Annie Wilson, responsable du dossier Énergie pour le Sierra Club USA, section Atlantique. Toute exportation supplémentaire d'hydroélectricité minerait les objectifs que nous nous sommes fixés.»

Cet argument, la Fondation Rivières le partage. «Les Américains craignent, avec raison, le dumping d'hydroélectricité québécoise, qui empêcherait le développement des énergies renouvelables aux États-Unis», indique la directrice, Anne-Marie Saint-Cerny.

Catastrophe

Cela dit, la Fondation ne sera pas de la rencontre, car elle préfère formuler ses critiques contre la stratégie énergétique du Québec en demeurant en sol québécois. «Ce que nous avons à dire, nous le dirons aux Québécois», précise Mme Saint-Cerny.

«Nous estimons que ce qui se prépare pourrait tourner à la catastrophe, ajoute-t-elle. Contrairement à ce que prétend le gouvernement, les États ne prévoient pas d'achats massifs dans le futur, mais plutôt une réduction des importations. Et nous, on aménage des rivières en pensant qu'ils vont tout acheter! Dans un tel contexte, on ne peut écarter l'hypothèse d'une fermeture éventuelle des chantiers québécois.»

Du côté de l'AQLPA, on préfère attendre d'avoir plus d'information avant de se joindre officiellement à une nouvelle coalition. «Si la prise de position (des groupes américains) reflète la nôtre, à savoir qu'il vaut mieux développer les sources d'énergie propre comme le solaire, l'éolien et la géothermie avant de toucher à une autre rivière, nous allons certainement encourager la bonne action», a lancé André Bélisle, président de l'organisme.

Quant à Nature Québec, il n'a tout simplement «pas l'intention de se prêter à un tel exercice». «Les enjeux sont importants. Les impacts doivent être connus, doivent faire l'objet d'un débat. Mais nous souhaitons que celui-ci ait lieu de manière sereine dans un cadre établi par les Québécois», précise le directeur, Christian Simard.