Rien ne devrait s'opposer à la construction du complexe hydroélectrique de la Romaine, sur la Côte-Nord, après l'avis donné hier par la Commission conjointe d'évaluation environnementale.

Mis à jour le 6 mars 2009
Charles Côté LA PRESSE CANADIENNE

La rivière Romaine se jette à l'ouest de Havre-Saint-Pierre, dans la baie de Mingan, qui baigne l'archipel du même nom, et où se trouve un parc fédéral. Elle prend sa source au Labrador.

Hydro-Québec veut y construire quatre barrages et autant de centrales totalisant 1550 MW de puissance (l'équivalent de la centrale Manic 5), au coût de 6,5 milliards. La construction commencerait cette année et les centrales seraient mises en service entre 2014 et 2020. Une superficie de 279 km2 serait submergée.

Le rapport fédéral-provincial propose des mesures pour atténuer ou compenser les impacts négatifs sur certaines espèces d'oiseaux et de poissons, dont le saumon. Il recommande également la création d'une aire de protection pour le caribou forestier, conjointement avec le Labrador, dans le nord du bassin de la Romaine, avant l'ennoiement des réservoirs. Il propose aussi le paiement de compensations aux pêcheurs de la Côte-Nord en cas d'impacts négatifs sur les espèces commerciales, comme le crabe des neiges et le pétoncle.

Le rapport ajoute que Pêches et Océans Canada lancera deux études sur les effets cumulatifs des projets hydroélectriques de la Côte-Nord sur le Golfe du Saint-Laurent, un phénomène sur lequel on ne connaît à peu près rien. Mais cela n'empêchera pas l'autorisation du projet, pas plus que les craintes exprimées pendant les audiences sur la possible accélération de l'érosion des berges du Golfe.

Par ailleurs, les commissaires se disent d'accord avec Hydro-Québec, qui rejette les solutions de rechange comme l'énergie éolienne, la géothermie et les économies d'énergie, pour obtenir annuellement la même quantité d'énergie, soit 8 TWh.

Ils estiment par contre que le développement hydroélectrique sur la Côte-Nord «devrait être accompagnée de la protection, dans la région, d'un patrimoine naturel... équivalent». La rivière Magpie serait une bonne candidate, mais le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs «s'est heurté à l'opposition d'Hydro-Québec».

Le rapport est le travail conjoint du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale. Les audiences se sont déroulées l'automne dernier.

«On va prendre en compte les recommandations du rapport pour poursuivre les discussions avec les deux ordres de gouvernement, a affirmé à La Presse Marie-Hélène Deveault, porte-parole d'Hydro-Québec. On est satisfaits du rapport.»

Pour Anne-Marie Saint-Cerny, directrice de la Fondation Rivières, ce rapport montre surtout que les «dés étaient pipés» en faveur du projet. Elle estime que la Commission n'a pas fait son travail sur les questions qui ne faisaient pas consensus. «Il y aura des compensations pour les impacts sur la pêche commerciale, parce que Pêches et Océans ne s'entend pas avec Hydro-Québec à ce sujet. On dit: faisons un suivi et on verra les impacts après.»

Mme Saint-Cerny ajoute qu'avec le leadership du président Obama, la tendance continentale est plutôt aux économies d'énergie et aux éoliennes. «L'Ontario et les États-Unis vont investir des dizaines de milliards en économies d'énergie et ils vont créer tout un nouveau secteur industriel, dit-elle. C'est une approche qui va créer des emplois très rapidement, partout sur le territoire, alors qu'on atteindra le pic d'emplois dans cinq ans seulement avec la Romaine. C'est un aspect crucial à cause de la crise économique que nous vivons.»