Un commentaire de l'avocat de la Ville de Montréal voulant que Fredy Villanueva soit l'artisan de son propre malheur cet après-midi à l'enquête du coroner a ravivé la douleur de la mère du jeune homme décédé au point où cette dernière a quitté la salle d'audience promptement pour ensuite s'effondrer dans un couloir du palais de justice, le corps secoué de violents sanglots.

Mis à jour le 10 mars 2010
Caroline Touzin LA PRESSE

«Fredy Villanueva a été victime de son propre comportement, celui de son frère et ceux de ses collègues.» Cette phrase lancée par Me Pierre Yves Boisvert, alors qu'il formulait une objection à une question du porte-parole de la Coalition contre la répression et les abus policiers, Alexandre Popovic, a provoqué la colère de la famille Villanueva.

Alexandre Popovic venait de demander au policier Jean-Loup Lapointe s'il avait eu «l'intention» de tuer Fredy Villanueva et s'il considérait ce dernier comme une «victime». L'avocat de la Ville de Montréal s'est objecté à la question en énonçant sa thèse sur l'intervention policière qui a mal tourné le 9 août 2008. Danny Villanueva, sa mère ainsi que quelques proches sont alors sortis de la salle sans faire de l'esclandre.

Mais une fois à l'extérieur, Lilian Maribel Madrid Antunes s'est mise à pleurer, puis s'est jeté par terre. Incontrôlable, elle a hurlé «Fredy, mon fils» durant de longues minutes.

On pouvait entendre ces cris à l'intérieur de la salle d'audience où l'enquête se poursuivait. C'est là que les gardes du corps du policier - toujours à la barre des témoins - ont eu un comportement «inacceptable», selon le coroner Perreault. Ces hommes munis d'oreillette et de veste par balle ont escorté Jean-Loup Lapointe et sa collègue Stéphanie Pilotte à l'extérieur, sans rien dire, comme s'il y avait une menace immédiate à leur sécurité.

Sans comprendre ce qui se déroulait sous ses yeux, le coroner Perreault a ainsi été forcé de suspendre son audience. Au retour de la pause, il a exigé que ça ne se reproduise plus.

Quant aux propos de l'avocat de la Ville de Montréal, le coroner a insisté sur le fait que son enquête doit permettre à toutes les parties d'«explorer des voies incompatibles». Cela inclut d'examiner la possibilité que Fredy Villanueva ait contribué à causer son propre décès, a-t-il ajouté.

L'avocat du policier Lapointe, Me Pierre Dupras, partage la thèse de la Ville. «Me Boisvert a exposé avec doigté un fait brutal», a-t-il indiqué au coroner au retour de la pause.  «Il avait raison de dire ce qu'il avait à dire. Il a un point de vue à défendre», a  ajouté Me Michael Stober de la Fraternité des policiers.

Les avocats de la famille Villanueva et des deux jeunes blessés par balle sont d'avis contraire. «Dans le cadre du mandat du coroner, on n'a pas à se prononcer sur la responsabilité civile ou criminelle de quiconque. Personnellement et professionnellement, j'ai trouvé cela déplacé», a souligné Me Peter Georges-Louis. La famille Villanueva n'est pas revenue dans la salle d'audience après la pause de 15h. Le coroner a donc choisi d'ajourner plus tôt que prévu. Le contre-interrogatoire de l'agent Jean-Loup Lapointe se poursuit demain pour une neuvième journée. Il est de moins en moins probable que le témoignage de Danny Villanueva débute cette semaine.