C'est la belle histoire d'amour de deux personnes qui ont attendu près de 60 ans pour se trouver. Louise Grondin et Jacques Gauthier... Mais avant de parler d'eux, nous allons vous parler d'elle un peu...

Publié le 31 janv. 2009
Émilie Côté LA PRESSE

On l'a longtemps appelée « la belle folle ». À 60 ans, Louise Grondin a compris pourquoi. « J'ai appris que j'étais bipolaire. J'ai trouvé ça moins cute. »

Elle a enseigné 12 ans en Outaouais. Elle a donné des cours de piano et de chant. Elle est aussi partie à cheval vers la Californie à la défense des femmes victimes de violence. Elle a eu un amant qui avait l'âge de son fils. Elle a passé des nuits dans sa Westfalia. « J'ai été très trippeuse », résume-t-elle.

C'est après six ans passés dans le Grand Nord qu'un médecin a dit à Louise que la chimie de son cerveau était déréglée. « J'ai eu des hauts et des bas. Je ne savais pas ce qui se passait. J'aurais aimé être médicamentée avant. »

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Aujourd'hui, Louise Grondin a 71 ans.

« À 40 ans, c'était quoi pour vous d'avoir 70 ans ?

- C'était bien vieux. J'étais certaine que je ne vivrais pas jusque-là.

Et maintenant ?

- C'est le mieux que je me suis sentie dans ma vie. »

Pourtant, Louise Grondin a appris l'an dernier qu'elle avait un cancer des ganglions. Mais comme la maladie évolue lentement, elle n'a pas à subir de traitement de chimiothérapie. « C'était pas pour moi que je trouvais ça dur, c'était de le dire aux gens que j'aime. Mais je me fie à l'oncologue qui me dit de ne pas m'en faire. »

Mme Grondin habite dans la maison de ses rêves, nichée au bas du mont Mégantic. L'endroit est chaleureux. Il y a des planchers de bois, un piano, un poêle d'époque, un métier à tisser et un chat nommé Gros Minet. Des dizaines de photos de famille garnissent les murs, dont une avec Nelson Mandela. Mme Grondin a un garçon et trois filles, dont l'auteure Lucie Pagé, qui vit en Afrique du Sud.

Elle aime beaucoup profiter de sa maison, qu'elle rafistole constamment. « J'ai arrêté de me trouver des missions... Je n'ai plus besoin d'aller loin. Ma mission aujourd'hui, c'est moi. »

À notre arrivée, la grand-mère envoyait des courriels à ses petits-enfants, en écoutant la radio de Radio-Canada. Une biographie de Barack Obama traînait sur la table.

La femme a gardé un petit côté non-conformiste. « Je déteste avoir l'obligation de manger trois fois par jour », dit-elle. Louise Grondin ne boit pas d'alcool, mais elle ne dit pas non à un peu d'herbes...

Même si elle est profondément amoureuse de son « beau bonhomme », elle préfère ne pas vivre sous le même toit que lui. « J'aime la plaine et il aime la forêt, indique-t-elle. Comme dirait mon chum, il y a des vieux qui font chambre à part. Nous, on fait maison à part, mais on couche ensemble. »

« On y va ?

-Où ?

Ben chez Jacques !

-D'accord ! »

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Jacques Gauthier habite au milieu du bois, dans une ancienne écurie. « Il reste un étalon », lance-t-il à la blague, avant d'enlacer et d'embrasser tendrement Louise.

« Je viens de faire du pain biologique. Vous voulez goûter ? »

L'homme qui a eu « 55 ans, il y a 17 ans » a bâti de ses mains sa magnifique maison, avec le bois de sa terre. « J'avais jamais planté un clou. Je suis la preuve qu'on peut apprendre. »

Comme Louise, son amoureux, originaire d'Amqui, a également eu plusieurs vies avant de s'installer dans les Cantons-de-l'Est. Ce père de deux filles a voyagé un peu partout dans le monde. Il a travaillé tantôt en usine, tantôt dans une coopérative de maraîchers. Il a aussi eu des périodes « où il voulait partir en canot et virer à l'envers... »

« Avant, je ne savais pas vivre. Je courais après des affaires que je n'avais jamais. Ici, je les ai attrapées. »

Il a rencontré « Loulou » il y a environ sept ans, lors d'un spectacle de musique, à La Patrie. Pendant que Jacques raconte la genèse de leur amour, sa belle le regarde avec des yeux brillants. « Tu n'imagines pas que ça va arriver. À notre âge, on a un petit mal ici, un petit mal là. Avoir quelqu'un, c'est le plus des plus », dit-il.

« Je n'aurais jamais cru que cela puisse arriver. Je suis plus insécure que lui », ajoute Louise, en mettant du bois dans le poêle.

Les deux amoureux n'aiment pas discuter au téléphone. Quand ils sont dans leur maison respective, ils s'écrivent par courriel. « Mon chum me dit souvent qu'il va me marier à 103 ans », dit Louise en souriant.

Jacques et Louise ont à la fois des projets communs et personnels. C'est un couple heureux et amoureux. L'été, ils vont dormir à la belle étoile, près de la rivière qui coule sur le terrain de Jacques.

Comme sa blonde, Jacques ne pouvait concevoir avoir 70 ans quand il en avait 30 de moins. « La peur de vieillir, ce n'est pas à 70 ans. C'est à 40 ans », conclut-il.