Dans le fin fond d'un rang, à Saint-Amable, des milliers de voitures d'époque rouillées entourent une maison. La scène est surréaliste. Mais qu'est-ce qui se passe ici ?

Publié le 31 janv. 2009
Émilie Côté LA PRESSE

La porte d'entrée affiche des heures d'ouverture. À l'intérieur, il y a des milliers et des milliers d'objets à vendre. Des jeux, de l'huile à moteur, de la vaisselle, des poupées, des bouteilles de parfum et autres objets sont entassés pêle-mêle dans de grandes étagères.

Nous sommes chez Jean-Paul Colmor, qui a plus de marchandise qu'un magasin Dollarama.

L'homme est un « ramasseux », qui ne manque pas une occasion de faire une piastre. « Des lunettes à 1 $, bien je les vends 5 $ », résume-t-il.

Visiblement, l'offre est plus élevée que la demande... Mais M. Colmor n'a aucun problème d'argent. « Je vends un bumper 100 $. Je vais-tu aller prendre une brosse ? Non, je ne bois pas. »

L'homme ne fait pas ses 75 ans. Farceur, excentrique et raconteur, M. Colmor est un cas d'espèce.

Tous les mardis, il se rend au Village des valeurs. Et il va régulièrement à l'encan des Halles de Longueuil.

Mais ce sont les autos destinées à la casse qu'il a commencé à accumuler à la fin des années 60, pour se lancer dans la vente de pièces usagées.

Il reste 3000 des 8000 carcasses de voitures qui ont déjà rempli les 28 arpents de son ancien champ de patates. Se balader sur son terrain est fascinant. Des arbres se sont frayé un chemin à travers des autos d'époque, des corbillards et même des autobus.

« Le mot a fini par se passer : donne ça à Colmor ! J'ai une shed et trois autobus avec plein de meubles. Il y a même des commandes d'épicerie que j'ai oubliées ! »

L'homme a huit filles et trois garçons de plusieurs unions différentes. Actuellement, il est à Cuba, où il est allé épouser une jeune femme de 26 ans.

« C'est beaucoup plus jeune que vous, non ?

- J'avais déjà de l'expérience avant », lance-t-il en riant.

« Vois-tu, je me suis acheté un habit. Mon jonc, il était 350 $, mais je l'ai payé 140 $. Ça, c'est la robe de ma femme. La dame qui l'a achetée l'a payée 2000 $. Bien à l'encan, je l'ai eue pour 22 $. »

En entendant M. Colmor, on pense au personnage du père dans le film Big Fish. Lui aussi se plaît parfois à romancer son passé.

L'homme affirme qu'il est un miraculé. Un « accident de machine » devait le rendre « invalide à vie ». Bassin et crâne fracturés. « J'ai traversé la vitre dans le fossé. J'avais des roches partout dans le corps », raconte-t-il.

Avant son accident, il a travaillé à l'usine de Weston, à Longueuil. « J'ai trouvé le sac d'argent du boss. Je l'ai redonné à sa secrétaire, qui était sa maîtresse. Elle a dit : donnez-lui la job la plus l'fun et la plus payante. »

M. Colmor a également été professeur de patins à roulettes. Mais c'est tout jeune, dans la rue Dorion, qu'est né son goût du profit. « Une clôture protégeait ma cour de la ruelle. Je gardais les enfants pour 1 $. Des fois, j'en avais 40 ! »

Pendant notre entretien, un client arrive. M. Colmor lui achète un tracteur et quatre pneus. En plus du 100 $ conclu pour la transaction, il lui donne une caisse de pots de sauce à spaghetti. « Merci M. Colmor. Vous aidez un bon gars. »

L'excentrique « ramasseux » ne « sent » pas ses 75 ans. Il est heureux. « La manière d'être heureux, c'est de ne pas en vouloir à personne, de ne pas avoir de regret, de pardonner aux autres et d'être en santé. »

« Dans ma vie, c'a toujours été comme ça. L'autre jour, l'amie de ma famille était toute triste. Son chum l'avait laissée et elle se trouvait laide. Je lui ai dit : tout dépend de qui te regarde. »