Les accusations portées contre une centaine de Québécois arrêtés lors du sommet du G20, en juin, ont officiellement été retirées ce matin devant la Cour provinciale de l'Ontario. Une poignée seulement d'accusés provenant du Québec devront poursuivre le processus judiciaire. Malgré ce revers, la police de Toronto refuse de s'excuser.

Daphné Cameron LA PRESSE

Il a fallu une bonne quinzaine de minutes pour que le procureur de la couronne énumère à voix haute, ce matin, le nom de toutes les personnes exonérées. Bien que la nouvelle ait été accueillie avec soulagement, elle laisse un goût amer chez les militants.

«C'est la police de Toronto qui vient de perdre la face», a lancé, en sortant de la salle d'audience, Blandine Juths, représentante du comité légal de la Convergence des luttes anticapitalistes, dont plusieurs accusés faisaient partie. «Maintenant qu'ils ont fait leur gros show, ils laissent tomber les charges. Faute de pouvoir obtenir un jugement, ils ont utilisé le processus judiciaire pour punir des gens qui ne voulaient qu'exprimer leur liberté d'expression.»

La plupart des dossiers réglés concernent les arrestations survenues dans le gymnase de l'Université de Toronto le matin du 27 juin. Au moins 105 personnes ─ dont près de 90 Québécois ─ avaient alors été réveillées par les policiers avant de passer environ 60 heures dans un centre de détention dans des conditions qualifiées d'inhumaines par de nombreux groupes qui défendent les libertés civiles. La majorité des prévenus étaient rentrés au Québec avec une accusation de complot sur les bras.

«Même s'il y a eu des motifs raisonnables pour justifier l'arrestation initiale, le résultat de cet examen est qu'il n'y a aucune perspective raisonnable de condamnation», a déclaré devant la cour ce matin, le procureur de la couronne au dossier, Vincent Paris. «J'ai demandé et obtenu l'opinion de la police relativement à ces accusations, et la position présentée à la Cour a été comprise.»

Quelques accusés au Québec

Afin d'éviter que tous les Québécois aient à se déplacer uniquement pour assister à la fermeture de leur dossier, la couronne a procédé à un «marathon d'appels téléphoniques» au cours des derniers jours.

Quatre personnes qui ne faisait pas partie des gens arrêtés au gymnase ont toutefois du se présenter devant la juge ce matin.

Deux étudiants qui avaient été appréhendés alors qu'ils marchaient au centre-ville de Toronto ont accepté de voir leurs accusations tomber en échange d'un don de 100$ à un organisme de charité et d'un engagement de ne pas troubler la paix durant un an.

«Je suis soulagé et triste en même temps», a dit l'un des deux, Éric Sylvestre. «J'aurais voulu qu'ils aillent jusqu'au bout avec leurs accusations bidons. Mais le processus est difficile psychologiquement et ça va me coûter trop cher en frais de transport et d'avocats.»

Un troisième accusé, Marc Laramée, a refusé l'offre et a demandé un procès. Le jeune homme de 27 ans compte éventuellement déposer un recours civil en dommages et intérêts. «Je n'ai rien fait de mal. Je veux que l'on laisse tomber les charges un point c'est tout. La dissidence ce n'est pas criminel», a-t-il expliqué. «Ils veulent que je m'épuise et que je lâche le morceau. Mais je suis déterminé à prouver que mes droits ont été bafoués.»

Un étudiant en études littéraires à l'UQAM de 22 ans, Youri Couture, est pour sa part visé par un mandat d'arrestation depuis mardi soir. Il fait face à six chefs d'accusations dont d'avoir brisé la vitre d'un café causant des dommages de 18 000$ et d'avoir agressé un policier avec une arme. Il a été libéré sous conditions cet après-midi en échange d'une caution de 10 000$.

Plus de 1000 personnes avaient été arrêtés lors du sommet du G20 à Toronto du 25 au 27 juin. Selon le ministère de la Justice de l'Ontario, 310 personnes ont été formellement accusées dans la foulée de ces arrestations. En tenant compte du retrait massif des accusations aujourd'hui, il resterait environ une centaine de dossiers qui naviguent dans le labyrinthe judiciaire, a indiqué maître Paris.

Les militants montréalais Jaggi Singh et Patrick Cadorette, qui ont participé à l'organisation du transport et de l'hébergement, font partie du lot. Ils seront de retour devant le tribunal le 1er novembre. Leur affaire est traitée avec celle de 15 autres militants de l'extérieur du Québec. Ils seraient soupçonnés d'avoir activement participé à l'organisation des manifestations à Toronto.

«Nous croyons qu'il existe une perspective raisonnable d'accusation dans les autres cas», a indiqué maître Paris. «Bien que notre évaluation de la viabilité des poursuites continue, nous sommes prêts à procéder à l'instruction des causes restantes.»

Pas d'excuses

Malgré que toutes les accusations contre tous les «arrêtés du gymnase» aient été retirées, la police de Toronto refuse de s'excuser. «Nous n'avons pas de mea-culpa à faire», a déclaré à La Presse, le porte-parole de la police de Toronto, Mark Dugash. «La preuve nécessaire pour procéder à une arrestation n'est pas la même que celle dont les procureurs ont besoin pour aller en procès. La suggestion que tout le monde arrêté dans une opération d'envergure sera poursuivi ne fait aucun sens légalement.»