Quand il a acheté la tabagie du métro Outremont, Mustapha R. s'est retrouvé propriétaire d'un grand stock de livres. Le précédent propriétaire, en effet, avait pris la curieuse initiative de transformer une partie de sa tabagie en librairie. Vieux livres, disques vinyle s'empilaient dans l'arrière-boutique et côtoyaient la gomme et le chocolat sur les tablettes du petit commerce.

Publié le 7 mars 2009
Katia Gagnon LA PRESSE

«Premier réflexe, c'est encombrant. Est-ce qu'on s'en débarrasse ? » s'est demandé Mustapha R., originaire du Maroc, qui vit au Québec depuis plus de 15 ans. Puis, Mustapha s'est aperçu avec surprise que sa « librairie » comptait plusieurs clients réguliers, surtout des personnes âgées du quartier. «Les clients bouquinent. Ça donne du charme à la tabagie. Nous sommes différents des autres. C'est comme une petite bibliothèque.» Les livres sont donc restés. Des encyclopédies de Cousteau, le dictionnaire Quillet de la langue française, des livres de recettes. Des vieux romans de Colleen McCullough. Les disques ? Claude Valade, Il pleut des larmes dans mon coeur. Des oeuvres de Schumann, l'un des premiers disques d'André Gagnon, des chansons tyroliennes. Michel Fugain et le Big Bazar. «On a des collectionneurs qui viennent parfois», note Mustapha.

Qui aurait cru qu'on pouvait collectionner quoi que ce soit dans le métro?

Lorsqu'il voit que ces clients sont des passionnés, ou alors des habitués, Mustapha les laisse entrer dans sa caverne d'Ali Baba, son arrière-boutique, où là, les piles de disques et de livres atteignent vraiment une hauteur impressionnante. «Dans le futur, on veut mettre de l'ordre. On veut les classer par thème, par auteur. On pourrait même enlever les magazines, pour faire de la place», dit Mustapha.

Voilà. Plutôt que de parcourir La semaine ou le Vogue, les usagers du métro Outremont pourront donc se plonger, durant quelques stations, dans un bon vieux John Irving. Ou alors dans une édition originale de Joy of sex. Une pièce de collection.