Gina Pierre fait serpenter sa « moppe » sur le dessus des escaliers mécaniques. On dirait une chorégraphie. Elle descend jusqu'en bas. Puis remonte et essore sa serpillière. Une fois. Deux fois. Trois fois. Six fois.

Publié le 7 mars 2009
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

« C'est une partie du boulot que j'aime bien », confie la dame de l'entretien ménager. Sûrement plus, en tout cas, que nettoyer la « fosse ». La fosse, c'est là où dorment les eaux usées. Et pour Mme Pierre, c'est ce qu'il y a de pire. « Ça pue tellement ! »Pour être honnête, on s'attendait à plus « dégueu ». Mais non. Mme Pierre n'a jamais trouvé de condoms. Ni de seringues. Ni de cadavre en putréfaction. Bon. Il y a bien les « vo » (vomis). Ou les gens qui urinent. Ou même parfois - oui - des excréments humains. Mais ça ne l'impressionne pas. « Ça fait partie du métier, dit-elle en haussant les épaules. Dès qu'on postule pour l'emploi, on est prévenus. Alors on n'est pas surpris quand ça arrive. » Les suicides ? Là, elle n'est pas obligée. Si elle veut laver à grande eau, rien ne l'empêche. Mais il y a des gens, précise la dame, « qui sont spécialisés pour ça ».

Mme Pierre a travaillé dans la mode avant d'être engagée par la STM. Son nouveau job n'est peut-être pas aussi glamour, mais pour les finances, c'est plus stable. Elle aime bien sa routine, dit-elle. Mais. il y a quand même des contrariétés. « Ce n'est pas tout le monde qui se ramasse, explique la dame. Les jeunes sont les pires. Ils mangent. Ils jettent. Il y en a même qui crachent en te regardant droit dans les yeux. »

- Vous n'avez pas envie de leur donner un coup de moppe ?

- (rires) Même si j'avais envie... je n'aurais pas le droit !