L'ancien maire de Québec et chef de cabinet de l'ancien premier ministre Jean Chrétien, Jean Pelletier, est décédé vers 4 h samedi matin, à l'âge de 73 ans, dans une maison de soins palliatifs de Québec. Il combattait depuis deux ans un cancer du côlon. Jean Pelletier a été maire de la Vieille Capitale pendant 12 ans, de 1977 à 1989. Il a également été pendant 11 ans le chef de cabinet de Jean Chrétien.

André Duschesne LA PRESSE

Une des premières choses qu'ont eu en commun Jean Chrétien et Jean Pelletier, c'est la taille.

Plus grands que la moyenne, les deux amis couchaient dans des «lits spéciaux», placés l'un à côté de l'autre dans le dortoir du Séminaire de Trois-Rivières où ils étudiaient à la fin des années 1940, début des années 1950.

C'est ce que raconte l'ancien premier ministre du Canada au début de son autobiographie « Passion politique» publiée en 2007. Le rappel de cette anecdote précède un long paragraphe dans lequel M. Chrétien fait non seulement l'éloge de son ami, mais évoque les qualités de celui qui allait devenir son chef de cabinet à compter de 1991.

« Faisant mentir ses dehors patriciens et son sourire chaleureux, Pelletier était un homme extrêmement discipliné, bien organisé, avec une poigne de fer, affirme M. Chrétien dans ses mémoires. Il dirigeait une équipe tricotée serrée, peu bavarde.»

Ces qualificatifs sont aussi relevés par plusieurs autres personnes qui ont connu M. Pelletier de près ou de loin. D'autres retiennent surtout la personnalité « poigne de fer» qui caractérisait l'ancien maire de Québec.

D'abord journaliste

Jean Pelletier est né à Chicoutimi le 21 janvier 1935. Il étudie au Collège des Jésuites de Québec avant de passer par le Séminaire de Trois-Rivières, puis par l'Université Laval où il étudie le droit et les sciences sociales.

C'est comme journaliste qu'il fait ses premiers pas dans le monde du travail. Dans les années 1950, on le retrouve aux stations radiophoniques CHRC et CJLR, puis à CFCM, station de télévision de Québec qui, à l'époque, est affiliée à Radio-Canada.

De 1959 à 1964, Jean Pelletier travaille dans le domaine de la politique et de la fonction publique. En 1959, il est nommé secrétaire de presse du premier ministre Maurice Duplessis, une tâche qu'il poursuit sous Paul Sauvé et Antonio Barrette. Il passe ensuite à la Commission des monuments historiques du Québec tout en conseillant le secrétaire général de la province.

De 1964 à 1976, il passe au privé où il travaille entre autres comme courtier en valeurs mobilières. Durant cette période, il s'active aussi en tant qu'administrateur de divers organismes. Il est par exemple président du Carnaval de Québec en 1973.

Ayant participé à la fondation du parti Progrès civique de Québec en 1962, il passe à la politique active à la fin de 1976. Il est conseiller municipal durant moins d'un an avant d'être élu maire de Québec en novembre 1977.

Trois mandats

M. Pelletier sera maire durant trois mandats (12 ans). Il multiplie les gestes pour relancer et dynamiser la Vieille capitale qui, depuis quelques années, vivait un exode de sa population. Il crée un office municipal de développement économique et un bureau de relations internationales, et instaure un plan directeur d'aménagement. Il voit à la relance du Vieux-Québec et réussit à faire inscrire l'arrondissement historique de la vieille ville au Patrimoine mondial de l'UNESCO.

Dans une entrevue accordée à La Presse le 28 octobre 1989, soit quelques jours avant son départ de la mairie, il affirmait laisser la « maison en ordre», et se disait heureux de ces années « emballantes», marquées par un accroissement de la population et un relèvement de la cote de crédit de la municipalité.

Certaines personnes qui l'ont côtoyé durant ces années découvraient aussi son côté autoritaire et obstiné.

«Il n'acceptait aucune opposition. Pour lui, c'était impensable», déclarait en entrevue à La Presse en 2004 le journaliste Réjean Lemoine, qui s'était battu contre le projet de la Grande Place, un complexe de tours à bureaux et de centre commercial destiné à relancer le quartier Saint-Roch.

Avec Jean Chrétien

Redevenu simple citoyen, Jean Pelletier n'est jamais loin de la politique. En avril 1990, le ministre québécois de la Santé Marc-Yvan Côté lui confie la présidence d'un groupe d'experts devant se pencher sur les besoins des personnes âgées.

Le 19 juin 1991, Jean Chrétien, chef de l'Opposition officielle depuis un an, fait de Pelletier son chef de cabinet. D'aucuns estiment qu'il s'agit là d'une prise de taille pour le Parti libéral. « Si on veut démontrer que l'on peut gérer le pays, il faut d'abord démontrer que l'on est capable de gérer nos affaires internes. M. Chrétien a pris son temps pour trouver la bonne personne, mais il a écouté nos critiques», dit alors Sheila Copps, chef adjointe du PLC.

C'est que, depuis des mois, les députés libéraux se plaignent du manque de communication avec le bureau du chef de l'Opposition officielle. Pelletier a entre autres le mandat de rétablir les ponts. En plus, sa présence fait taire les critiques quant au manque de Québécois dans l'entourage du chef libéral.

À l'automne 1993, il tente un retour en politique active en se présentant sous la bannière libérale dans la circonscription de Québec, au coeur de la Vieille capitale. En dépit de sa popularité et de son assurance, il est battu par plus de 13 000 voix par la bloquiste Christiane Gagnon, une néophyte de la vie politique. C'est l'année où les conservateurs, après neuf ans au pouvoir, sont en déroute. Les libéraux de Jean Chrétien reprennent le pouvoir et deux partis régionaux (le Bloc québécois et le Reform dans l'Ouest) font chacun élire plus de 50 députés.

Dès l'annonce des résultats, Jean Pelletier déclare ne pas avoir l'intention de rentrer au Parlement par la petite porte. Il rejette tout de go l'idée d'une nomination au Sénat. « Pour moi, la boîte à scrutin, c'est sacré», dit-il. Qu'à cela ne tienne, il est tout de suite reconduit chef de cabinet de M. Chrétien, devenu premier ministre.

Cette fonction, il l'occupera jusqu'en mai 2001. À ce moment-là, souhaitant réduire ses activités, il annonce son départ.

Via Rail

Dès cette annonce, des rumeurs envoient M. Pelletier à la présidence du conseil d'administration de Via Rail. Ce qui s'avère. Il entre en fonction le 1er septembre.

Durant deux ans et demi, on entend beaucoup moins parler de lui. À une exception près. En août 2002, la rumeur veut que le camp de Paul Martin ait approché M. Pelletier afin qu'il fasse pression sur Jean Chrétien dans l'espoir que son vieil ami quitte la vie politique. L'ancien chef de cabinet confirme l'information, tout en ajoutant qu'il n'est pas question pour lui de jouer un tel rôle et que M. Chrétien a le droit « absolu» de décider du moment de son départ.

Puis arrive l'affaire Myriam Bédard.

Dans une entrevue exclusive accordée à La Presse et publiée à la une le vendredi 27 février 2004, l'ex-championne olympique affirme avoir été forcée de démissionner de son poste aux communications de Via Rail en janvier 2002 parce qu'elle avait refusé de se joindre à Groupaction, une des sociétés au coeur du scandale des commandites.

En réponse et, affirmant ne pas vouloir être méchant, M. Pelletier, toujours à la tête du c.a. de la société, réplique que Mme Bédard est une « pauvre fille qui fait pitié» et qui vit « la tension d'une mère monoparentale qui a des responsabilités économiques». Le président et chef de la direction de Via, Marc Lefrançois, a lui aussi des propos très durs envers Mme Bédard.

C'est le tollé. Le premier mars, M. Pelletier est congédié de son poste à Via par le premier ministre Paul Martin. Il s'en suit une longue saga judiciaire durant laquelle M. Pelletier est réintégéré à son poste et congédié à nouveau. En janvier 2008, la cour confirmait ce second congédiement. Par contre, un autre jugement lui permettait de recevoir une importante compensation.

Durant la même période, il se bat aux côtés de Jean Chrétien pour faire laver son nom à la suite du rapport de la commission Gomery où il est blâmé pour son rôle joué dans le scandale des commandites. Une décision en cour de première instance leur donne raison. Mais, en septembre dernier, le gouvernement fédéral décidait d'aller en appel, ce qui avait profondément choqué l'ancien chef de cabinet de M. Chrétien. Déjà très malade et affaibli par un cancer du côlon, il disait déplorer cette décision partisane du gouvernement Harper qui le priverait, de son vivant, d'une décision finale dans cette longue saga.

Membre de l'Ordre du Canada, de l'Ordre national du Québec et ayant obtenu de nombreuses reconnaissances pour son apport à la société, M. Pelletier était marié et père de deux enfants.