En période de crise économique, le Québec ne peut être dirigé «avec trois paires de mains sur le volant», a soutenu hier le premier ministre Jean Charest. En confirmant qu'il ne se rendrait pas en Chine pour diriger une mission économique importante, le premier ministre a ouvert la voie à des élections générales, le 8 décembre prochain.

Denis Lessard LA PRESSE

Officiellement, M. Charest prendra les prochains jours pour «réfléchir» à la situation. Mais pour bien des stratèges au PLQ, la décision d'annuler sa mission en Chine, où il devait diriger une délégation de cinq premiers ministres, est le signal très clair que le Québec sera bientôt en campagne électorale.Pour Jean Charest l'incertitude autour de la crise financière mérite que les Québécois réfléchissent sur leurs choix. Un gouvernement minoritaire est freiné dans sa capacité d'intervenir. «Ce que je vois c'est que lorsqu'on est minoritaire, il y a trois paires de mains sur le volant», a dit M. Charest dans un point de presse, à Mirabel.

Après les assises du PQ et de l'ADQ, en fin de semaine «j'ai vu que les deux autres chefs de l'opposition ne vont pas dans la même direction que nous sur l'économie, et l'économie c'est l'enjeu», a-t-il soutenu.

«Mme Marois et M. Dumont ont mis pas mal de bûches dans le poêle en fin de semaine», a renchéri M. Charest.

Selon les informations obtenues de sources libérales, M. Charest doit se rendre voir le lieutenant-gouverneur le 5 novembre, au lendemain de l'élection américaine. Jeudi cette semaine, sa ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget fera, comme prévu, le point sur la situation économique, et soutiendra qu'aucun déficit n'est en vue pour l'année 2009-1010. Elle annoncera quelques mesures fiscales pour stimuler l'investissement.

Déclaration de guerre

Hier M. Charest a dit avoir d'abord reçu comme une déclaration de guerre les sorties de la fin de semaine, en particulier l'intervention de Sylvain Simard, le député péquiste de Richelieu, qui menaçait de renverser le gouvernement libéral. Puis, a-t-il souligné, les deux partis d'opposition ne semblent pas avoir le même agenda que le gouvernement. Du côté de l'ADQ on propose de rouvrir le dossier constitutionnel, chez le PQ on publie un manifeste sur la souveraineté.

«Devant ces réalités on est forcé de tirer des conclusions: ils ne sont pas en mode collaboration avec le gouvernement alors que la situation demande qu'on réfléchisse à la façon dont on va aborder l'avenir», a résumé M. Charest.

Du côté péquiste et adéquiste hier, on s'est dépêché à envoyer des émissaires, avec l'espoir de calmer le jeu. Bernard Drainville et Sylvie Roy ont, en points de presse, garanti la collaboration de leurs partis à l'Assemblée nationale, des promesses qui risquent fort d'être balayées d'un revers de main, prédit-on.

«Les deux partis d'opposition se sont coalisés, dans leur façon de traiter les dossiers avec le gouvernement», observe Jean Charest, encore insulté dit-on de n'avoir pas été consulté dans le choix du péquiste François Gendron comme président de l'Assemblée nationale.

Il y a une dizaine de jours, M. Charest avait rencontré Mme Marois et M. Dumont pour discuter d'économie. «Je n'ai pas entendu de suggestions, en revanche il y a eu des déclarations assez claires sur leurs intentions. J'ai senti comme vous qu'ils n'étaient pas en mode de coopération. Quand Sylvain Simard annonce qu'il compte défaire le gouvernement c'est assez clair...» a commenté M. Charest.

«Il n'y a pas de décision prise d'aller ou non en élections», soutient celui qui, il y a moins d'une semaine, soutenait que la mission en Chine irait de l'avant comme prévu.

Cette mission sera menée par un ministre québécois. «J'ai pensé qu'il serait mieux pour moi de rester ici», a dit mystérieux M. Charest.