Avez-vous des enfants, madame la ministre? Moi, j'en ai trois. Trois beaux garçons qui vont dans une garderie familiale à 7$. Leur éducatrice, Diane, est absolument merveilleuse. Nous sommes vraiment très privilégiés de l'avoir. Diane n'est pas une «gardienne», c'est une Responsable Service de garde (RSG), une éducatrice -énorme différence. Elle a, et continue, de suivre une formation universitaire, le soir, en éducation.

Publié le 28 juin 2010
Geneviève Gadoury

Résidante de Pincourt, l'auteure est mère de trois garçons. Elle adresse cette lettre ouverte à la ministre Yolande James.
LE SOLEIL

Chaque matin, je pars travailler à l'aube pendant que mes petits mecs dorment à poings fermés et je reviens pour le souper. J'ai la tranquillité d'esprit de savoir que mes enfants sont entre bonnes mains, que notre RSG est heureuse de faire son métier. J'aime la voir de bonne humeur et l'entendre rire avec son bon rire gras. J'aime savoir qu'elle possède tous les outils nécessaires pour aider mes enfants à partir du bon pied dans la vie.

Moi, quand je suis fatiguée, mon amoureux prend la relève, ou encore je prends une semaine de vacances. Si je ne ferme pas l'oeil de la nuit parce qu'un de mes petits est malade, j'ai la possibilité d'appuyer sur le «snooze» de mon cadran et de me dire: «Bah ! J'arriverai un peu en retard au boulot...». Mais Diane et les autres RSG en milieu familial, que font-elles lorsqu'elles sont fatiguées? Oubliez le «snooze». Ça ne se fait pas de coller un papier sur la porte à l'attention des parents et de leur bambin qui arrivent à l'heure habituelle: «Désolée. Ai dormi un peu plus longtemps ce matin. Revenez dans une heure.»

Et que fait-elle si elle a un dégât d'eau dans sa cuisine, et que les rénovations prennent plus de temps que prévu? Elle se demande s'il elle va devoir fermer la garderie parce que présentement ses six petits amis, Alyssia, Joey, Matthew, Peter, Liam et Timothy, sont cloîtrés dans le sous-sol avec interdiction formelle de monter à l'étage... Si elle ferme sa garderie, elle n'est pas payée.

On n'a pas à payer pour ses dégâts d'eau, vous me direz. En effet, on n'a pas à payer pour ses dégâts d'eau. Cependant, si elle ferme la garderie pendant une semaine et qu'elle n'est pas payée, elle y pensera à deux fois avant de prendre les deux semaines qu'elle s'était promises en juillet. Elle y pensera parce que... elle ne sera pas payée. Si vous me suivez bien, ça donne 3 semaines sans solde. Tout comme elle ne sera pas payée pour les congés de la Saint-Jean, la fête du Canada, Noël (!), etc.

Pourriez-vous partir travailler l'esprit tranquille, madame la ministre, sachant que celui ou celle qui d'occupe de vos précieux bouts de chou est à boutte! C'est déjà assez stressant pour un parent d'avoir à trouver quelqu'un de confiance pour garder ses petits sans avoir à les confier à une personne épuisée et frustrée !

Moi, je veux que la personne qui passe ses journées avec mes trois petits mecs comiques soit la femme joyeuse et heureuse que je connais. Et, entre vous et moi, ce n'est pas pour Diane ni les autres RSG en milieu de garde que je vous écris... Mon but est purement égoïste. Je n'ai aucunement envie de laisser mes enfants à une personne en colère d'avoir à se battre depuis des années pour une cause légitime. Je veux partir en paix le matin. Avoir la certitude que mon «employée» trippe et soit toujours aussi passionnée par son métier: le métier d'éducatrice. Un métier pour lequel, si l'on enlève ses dépenses reliées à la garderie, lui rapporte moins que le salaire minimum! La même RSG ayant une formation universitaire et qui suit des cours du soir pour se spécialiser parce qu'elle aime les enfants, MES enfants. Parce qu'elle prend leur éducation à coeur et veut les voir évoluer.

Vous dites que les femmes d'aujourd'hui font face au dilemme de choisir entre le travail et la famille. Vous affirmez que le gouvernement libéral met en place des principes et des politiques qui ont pour but d'aider les gens à trouver un équilibre. Comment choisir le travail si on n'a personne pour s'occuper convenablement de nos enfants? Faites des bébés! qu'ils disaient . On aurait peut-être davantage envie de faire des bébés si on savait qu'on peut aller travailler l'esprit tranquille.

Vous dites vouloir refaire le monde, madame la ministre? Prouvez-le: une RSG à la fois!

Diane et ses compagnes ne demandent pas grand-chose: deux semaines de vacances et les congés fériés. Au nom de tous les enfants inscrits en garderie en milieu familial, aidez les parents... en aidant les RSG.