Pour continuer à subventionner les mieux nantis et garder notre statut de province pauvre, manifestons en faveur du statu quo!

Marcel Boyer<br><br><i>L'auteur est professeur émérite d'économie industrielle à l'Université de Montréal et fellow du CIRANO.</i> LA PRESSE

Le Québec cherche à sortir de la récession économique et à assainir ses finances publiques. Sortir le Québec du dalot vers la marginalisation économique dans lequel il est embourbé exigera une bonne dose d'imagination et de courage.

Le Québec est devenu une société sclérosée, insécurisée et craintive, enfermée dans un statu quo bureaucratique et corporatiste générateur de pauvreté et de dépendance.

Pour renverser la tendance, il faut se donner les moyens de notre imagination créatrice, de notre entreprenariat social et d'affaire et de notre puissance innovante. Et pour ce faire, nous sortir des sentiers battus de la complaisance et de la facilité. Considérons cinq exemples parmi d'autres.

La tarification actuelle de l'électricité au Québec détruit la valeur potentielle de nos ressources en biaisant la consommation et les investissements et en favorisant les grands consommateurs d'énergie aux dépens des autres secteurs. Elle représente également un transfert considérable de ressources collectives en faveur des mieux nantis. Les profits non réalisés par Hydro-Québec, évalués à environ 5 milliards de dollars par an, sont en réalité des profits implicites directement redistribués aux citoyens sous forme de bas tarifs et donc en proportion de leur consommation: plus vous consommez (plus vous êtes riche), plus vous avez droit à une part élevée des profits (dividende).

Les garderies à 7$ sont une autre source de gaspillage important au détriment des plus démunis de notre société et un lieu de magouilles: distribution des places, liste d'attente opaque et manipulable au bénéfice des mieux informés et branchés, formule de financement régressive. Pour accueillir tous les enfants en garderie, il faut briser la mainmise bureaucratique incompétente sur le système.

Le biais prosyndical dans les relations de travail permet bien des magouilles et contribue à notre faible productivité (15% inférieure à celle du reste du Canada, elle-même 15% inférieure à celle des États-Unis) ainsi qu'à notre déficit de quelque 8 milliards par an dans les investissements des entreprises. Adopter un régime comparable à celui de nos principaux compétiteurs permettrait à nos entreprises de mieux faire face à la concurrence : on pourrait alors espérer renverser la piètre performance du Québec qui dure depuis plus de 25 ans au chapitre de la création d'emplois de bonne qualité.

Notre système de santé est malade d'accessibilité déficiente: accès limité à un médecin de famille, délais d'examens et de traitements anormalement longs, engorgement des urgences. La pénurie d'infirmières et de médecins est fabriquée par une organisation du travail inefficace et figée dans un dédale de règles bureaucratiques favorables aux mesquins pouvoirs de petits monopoles. Pour nous convaincre que nos fournisseurs de soins sont efficaces et compétents, il faut les mettre en concurrence. Un système concurrentiel pour une fourniture efficace et responsable des services de santé devrait être au coeur même d'un système public, universel et accessible.

Malgré quelques centres d'excellence, la performance de nos universités traîne de plus en plus derrière celle des systèmes universitaires nord-américains hors-Québec, considérés comme les meilleurs au monde en formation, en recherche et en innovation. En tête des facteurs de ce déclin relatif, on retrouve le contrôle, voire le gel du niveau et de la structure des droits de scolarité selon une formule maintenue en place autant par incompétence que par pur électoralisme.

En se donnant une économie plus dynamique et plus prospère basée sur de meilleurs services publics, nous pourrions réduire sensiblement les impôts des particuliers et des entreprises.