André Pratte a bien raison lorsqu'il nous rappelle que la «répétition est redoutablement efficace» («Le nettoyage politique», La Presse du 1er mars), sans égard au bien-fondé de l'argument répété.

Mis à jour le 6 mars 2009

Depuis le temps où Bernard Landry (et ses disciples) a commencé à répéter que le Québec est une «nation», d'aucuns ont malheureusement tenu pour acquis qu'il avait raison, sans se méfier de ses préjugés évidents. L'ambiguïté lui aura si bien servi qu'on se retrouve aujourd'hui enchaîné dans le sens qu'il voulait précisément qu'on lui donne, à savoir «nation» dans le sens d'État nation, de pays aux Nations Unies: la séparation avant le référendum quoi.

 

Qu'il doit rire dans sa barbe de voir les fédéralistes tenter aujourd'hui de dénoncer la nouvelle rengaine de l'«autre nation», conséquence logique de sa première tautologie, qui assimile maintenant le gouvernement fédéral à l'«ennemi», à l'«oppresseur» de la «nation» québécoise. Marie Bernard-Meunier («Notre gouvernement fédéral», La Presse du 27 février) peut bien elle aussi dénoncer, avec raison, cette façon malhonnête de décrire le gouvernement fédéral comme un gouvernement «étranger», rien ne semble y faire.

Pourtant, si on y réfléchit bien, ce sont les leaders indépendantistes qui nous ont enfermés dans ce carcan sans issue. Cela devrait plutôt nous démontrer qu'ils sont eux-mêmes incapables de se sortir de leur syllogisme du «nationalisme ethnique» à la Parizeau. En effet, ils nous font la preuve qu'ils ne peuvent définir la «nation» québécoise par autre chose que l'opposition «anglais-français», qu'entre le «nous et eux», en un mot, qu'en terme de «race», comme aimaient le répéter ces grands «démocrates» qu'étaient Lionel Groulx et Robert Rumilly.

Ils peuvent nier la chose tant qu'ils le voudront, seuls les leaders indépendantistes nous leurrent en l'espèce. Leur éloge de la «différence», leur insistance sur cette langue qui nous «différencie», sur l'«autre» nation, confirment tous sans l'ombre d'un doute que leur combat est toujours bel et bien «ethnique», et pas du tout «civique» comme ils le prétendent. Les indépendantistes démontrent ainsi que leur projet est toujours fondé sur le ressentiment et sur l'idée frivole et nombriliste que des événements survenus il y a 250 ans puissent et doivent toujours guider nos choix politiques aujourd'hui.

Si leur définition de la «nation» québécoise englobait réellement les anglophones, les immigrants et les autochtones autant que les francophones de souche, on pourrait légitimement se demander en quoi cette «nation» québécoise serait si différente de la nation canadienne, société pluraliste respectueuse de la diversité? Si tel était le cas, la «différence» n'existerait plus pour la peine. Aucune opposition entre «nations étrangères» ne saurait dès lors résister à l'analyse.

Pourquoi alors démanteler le modèle canadien pour simplement tenter de le recréer à plus petite échelle? Poser la question, c'est y répondre. Le concept de «nation ethnique» va à l'encontre de tout ce que les Canadiens de bonne volonté ont réussi à accomplir depuis plus de 250 ans, à savoir de trouver un équilibre respectueux visant la coexistence et le progrès des communautés fondatrices de notre pays: autochtones, francophones, anglophones et nouveaux arrivants.

En fait, la réalité que personne ne semble vouloir nommer, c'est que nous ne sommes pas le résultat d'une «conquête» d'un peuple par un autre, mais bien le résultat tangible d'un combat commun en vue de bâtir une démocratie fondée sur le respect des identités respectives et des droits et libertés de tous et chacun. Pourquoi ne pas alors célébrer ces valeureux accomplissements, plutôt que de tout analyser sous l'angle passéiste et revanchard de la «défaite humiliante»?

Bernard Amyot

L'auteur est avocat et ex-président de l'Association du Barreau canadien.