De nombreux observateurs de la politique américaine pensent que le sénateur McCain a perdu la présidence des États-Unis le jour où il a affirmé, en plein milieu d'une crise financière majeure, que les bases de l'économie américaine étaient solides. Quel contraste avec le Canada! Au contraire de nos voisins du sud, le consensus ici est que les choses sont différentes au Canada - les bases de notre économie sont solides et nous allons passer à travers la récession sans trop de mal.

Marc Van Audenrode LA PRESSE

Quelques semaines à peine avant les élections fédérales, le premier ministre Harper affirmait que la crise financière offrait des opportunités d'investissement. Quelques semaines avant de déclencher des élections au Québec, le premier ministre Charest affirmait sa foi dans l'efficacité des programmes d'infrastructures. Aujourd'hui encore, plusieurs journalistes et éditorialistes continuent d'affirmer que les choses sont différentes au Québec et au Canada. Et jusqu'à cette semaine, les économistes en chef des grandes banques canadiennes continuaient à s'accrocher au crédo de la spécificité canadienne.

 

Mais, au fond, qu'est-ce qui est si différent au Canada?

Les experts vous diront, notamment, qu'au départ de la crise américaine, il y a les problèmes du secteur résidentiel, hors de contrôle depuis 10 ans. Malheureusement pour ces experts, entre janvier 2001 et le sommet du marché immobilier en 2007, le prix de revente d'une maison moyenne a augmenté de plus de 90% au Canada. Aux États-Unis, il n'a augmenté que de 48%. Au sommet du marché immobilier, le prix de revente d'une maison moyenne au Canada était de plus de 310 000$. Il n'était que de 280 000$ aux États-Unis. Au cours des derniers mois, Vancouver a été un des pires marchés immobiliers en Amérique du Nord. Si vraiment il y a une différence entre les deux pays à ce niveau, ce n'est pas évident qu'elle soit en faveur du Canada.

Si ce n'est pas le marché immobilier, ce sont les ménages, vous diront les experts. Il est bien connu que les ménages américains, aidés par des banques cupides, se sont endettés de façon déraisonnable. Malheureusement encore, en 2006, le ratio d'endettement (c'est-à-dire la valeur des dettes des ménages divisées par leur revenu disponible) des ménages canadiens était de 135%. Aux États-Unis, il était de 127%. Oups!

Alors, ce sont les banques, vous diront les experts. Tout le monde est d'accord pour dire que notre système financier est bien plus solide et stable que les banques américaines. Si cette affirmation est dans une certaine mesure vraie, il n'en reste pas moins que, sans tambour ni trompette, le gouvernement canadien a accordé 75 milliards de dollars de liquidités à nos banques. Il n'en reste pas moins que nos banques et nos institutions financières continuent de traîner un problème de papier commercial de plus de 30 milliards, pour lesquels les gouvernements ont dû offrir des garanties de près de 4 milliards. Multipliez tous ces chiffres par 10 pour les ramener à la taille de l'économie américaine, et vous verrez qu'encore une fois, si vraiment il y a une différence entre les deux pays à ce niveau, ce n'est pas évident qu'elle soit en faveur du Canada.

Dans une certaine mesure, cette vision de la réalité à travers des lunettes roses a porté ses fruits: à force de répéter que les choses iraient bien au Canada, les consommateurs ont fini par le croire, et au contraire des États-Unis, n'ont pas réduit leurs dépenses. Ils ont donc en quelque sorte «porté» l'économie canadienne jusqu'à ce jour. Malheureusement, quoi qu'en pensent les ménages canadiens et quoi qu'on leur dise, l'état de leurs finances personnelles n'est pas beaucoup meilleur que celui de nos voisins du Sud...

La réalité va nous rattraper. Jusqu'à très récemment, l'économie canadienne était aidée par le boom des matières premières et des produits pétroliers et des dépenses d'infrastructure dans plusieurs provinces. Cela achève! La bulle des matières premières a explosé. Nos gouvernements sont à la veille de connaître des problèmes financiers sérieux. Un jour, les consommateurs canadiens vont choisir eux aussi la prudence et se remettre à épargner.

Arrêtons de nous bercer d'illusions. 2009 sera une année difficile au Québec et au Canada comme ailleurs dans le monde.

L'auteur est économiste et professeur à l'Université de Sherbrooke.