En 40 ans de vie professionnelle, je n'ai jamais même imaginé un tsunami financier de l'envergure de ce qu'on vit présentement. Le produit de décennies d'efforts s'est envolé de même que de nombreuses illusions.

Mis à jour le 28 nov. 2008
L. Jacques Ménard

Je demeure cependant persuadé que l'économie de libre marché est de loin le meilleur système. Mais c'est un système qui, laissé à lui-même, mène inévitablement à des dérapages, voire à des excès. C'est pourquoi il doit être réglementé adéquatement. À cet égard, je crois que les instances de réglementation européennes et américaines ont failli à leur tâche.

 

L'obsession de la performance

L'évolution ultra rapide des marchés financiers et les innovations qui l'ont accompagnée se sont inscrites dans la tendance généralisée de l'obsession de la performance à court terme.

L'innovation financière a été mise au service de cette obsession. Ce faisant, on a ignoré une des bases mêmes de l'économie: l'existence même et saine des cycles économiques. On a soutenu artificiellement une inflation galopante de l'immobilier aux États-Unis. Des incitatifs fiscaux ont encouragé les Américains à s'endetter pour épargner. La politique monétaire américaine a fini par découpler complètement les taux d'intérêt réels des véritables risques économiques.

On connaît tous la suite des choses, alors que le ciment qui tient ensemble tout le système financier, la confiance, s'est effrité pour ensuite laisser place au doute et même à la peur. C'est ce qu'on vit dans les marchés financiers présentement.

Dans ces circonstances, comment renouer avec la confiance?

D'abord, personne n'est en mesure de dire quand les marchés se redresseront, surtout à l'aube de la récession qui s'annonce ici, chez nous, et qui sévit déjà ailleurs. La relance sera le fruit d'un certain nombre de conditions qui, conjuguées, ramèneront la confiance dans le système économique.

Premièrement, les taux d'endettement des intervenants économiques devront être revenus à un niveau plus normal. Les ménages américains, plus particulièrement, devront avoir réduit leur endettement et avoir accru leur niveau d'épargne. Actuellement, ils sont deux fois plus endettés que les ménages canadiens en regard du revenu disponible. Même chose pour les taux d'endettement des institutions financières européennes et américaines. Ce processus prendra beaucoup de temps, l'essentiel de l'année 2009.

Deuxièmement, la demande générale pour les biens et services devra s'être redressée, à la suite du rétablissement de l'avoir des ménages et du marché résidentiel.

Troisièmement, les instances réglementaires devront avoir mieux encadré l'endettement de toutes les institutions financières, particulièrement en Europe et aux États-Unis, ainsi que la divulgation financière et la transparence économique des intervenants. Ce resserrement de l'encadrement des institutions devra avoir été amorcé au sein des pays au niveau mondial. À cet effet, la réunion extraordinaire du G20 à Washington, ce mois-ci, passera certes à l'histoire. De plus, l'entrée en fonction du président élu Barack Obama marquera la fin d'une ère de laisser-faire économique et réglementaire, et c'est tant mieux.

Quatrièmement, les gouvernements devront avoir réorienté leur fiscalité afin d'encourager l'épargne et la création de richesse économique, plutôt que de pénaliser l'effort et de stimuler les excès de consommation. Ceci devrait se traduire par un allègement des impôts sur le revenu, quitte à augmenter à moyen terme les taxes à la consommation, une fois sortie de cette récession.

Que faire?

Qu'est-ce qu'on fait en attendant? Pour tout dire..., on n'attendra pas. Je m'explique.

Même si notre économie au Québec est mieux équilibrée que celle de l'Ontario, qui vit déjà une dure récession dans ses importants secteurs de l'automobile et des services financiers, le Québec demeure une économie d'exportations. Nous serons forcément touchés par ce que vivent nos clients du sud.

Pour les raisons que l'on sait, le capital et le crédit bancaire seront dorénavant plus rares et coûteux; on le voit déjà. Ainsi, tout en gérant prudemment leurs liquidités et en choisissant plus judicieusement leurs initiatives d'investissement, les entrepreneurs québécois doivent profiter de ce ralentissement économique pour «reprendre leur souffle» et jouer d'opportunités.

Comment? En renforçant leurs ressources humaines et en ciblant bien l'acquisition de technologies et/ou d'activités complémentaires à des coûts et conditions maintenant beaucoup plus abordables.

Pourquoi? Afin de se préparer à la relance économique qui viendra certes, mais aussi afin d'émerger de cette récession renforcis et plus compétitifs. (...)

L'auteur est président du conseil d'administration, BMO Nesbitt Burns et président de BMO Groupe financier, Québec.