Elizabeth May, la chef du Parti vert, a bénéficié d'un important soutien de la population canadienne pour participer aux débats télévisés des chefs, ce qui lui a été accordé.

Mis à jour le 2 oct. 2008
Jeffrey Simpson LA PRESSE

Ce soir, lors du débat en anglais, Mme May aura une occasion en or de faire impression sur les électeurs. Nombre d'entre eux ne l'ont jamais vue auparavant. Aucun leader «vert» n'a jamais participé à un débat avec les autres chefs de parti à la télévision nationale. C'est la plus formidable chance qui s'offre au Parti vert.

Mme May est parfaitement positionnée pour ce débat. Elle n'est pas une politicienne de carrière comme les autres. Elle peut par conséquent se présenter comme une «citoyenne» contre ces «politiciens». Elle sera la seule femme dans un groupe d'hommes d'âge mûr. Son français est faible, mais c'est une excellente oratrice en anglais.

Les verts ne remporteront aucun siège aux élections, pas même celui de Central Nova où Mme May se présente contre Peter Mackay, le ministre de la Défense. Mais si les verts obtiennent 10% du suffrage national, soit plus du double récolté aux dernières élections, cela pourrait changer la donne dans un certain nombre de sièges au Canada anglais.

Qui plus est, Mme May n'a rien à perdre parce que son parti ne remportera aucun siège. On ne peut pas en dire autant de Stéphane Dion, le chef libéral.

Prestation supérieure

Il semble acquis et fondé de dire qu'étant donné que la réputation de Stéphane Dion est si peu enviable, il doit sûrement offrir une prestation supérieure aux attentes. S'il le fait, les libéraux amélioreront peut-être leur sort au cours des 10 derniers jours de la campagne. Mais s'il échoue, s'il offre une performance correspondant à des attentes plus modestes, la panique croîtra au sein du Parti libéral.

Que doit faire M. Dion? En tout premier lieu, parler clairement. Utiliser des phrases simples. S'efforcer d'établir un lien avec les gens ordinaires. Éviter de donner un cours. Oublier les statistiques. Attaquer durement le premier ministre de sorte que les partisans libéraux pourront au moins retirer une bonne impression du débat. Et ne pas oublier le NPD. Dire aux téléspectateurs que seuls les libéraux peuvent de manière réaliste former un gouvernement de remplacement. Expliquer que si les électeurs souhaitent vraiment stopper M. Harper, ils doivent voter en faveur des libéraux.

Partie facile

C'est Jack Layton, le chef du NPD, qui aura la partie la plus facile. Étant donné que personne ne s'attend à ce que son parti forme le gouvernement, M. Layton peut dire à peu près n'importe quoi et il ne s'attirera aucune critique. Il se contentera tout simplement d'attaquer, d'attaquer et d'attaquer encore, à la fois les libéraux et les conservateurs, sachant que les autres chefs lui accorderont à peine de leur attention.

Comme tous les premiers ministres, Stephen Harper subira des attaques toute la soirée. Il fait preuve d'un grand professionnalisme dans les débats: calme, mesuré et précis. Il n'est pas très excitant, mais franchement, il est impossible pour un premier ministre de gagner un débat tandis qu'il est en proie aux attaques de tous les autres chefs. Il doit tout simplement demeurer calme, énoncer ses positions, et apparaître comme un premier ministre. Il ne cessera de répéter que la taxe sur le carbone de M. Dion est une mauvaise idée, et le chef libéral sera harcelé pour qu'il explique sa position.

En ce qui concerne Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois, sa présence dans le débat en anglais est une complète perte de temps et même une insulte étant donné que son parti ne présente aucun candidat hors du Québec. Presque personne dans l'auditoire anglophone au Canada n'est intéressé par ses plaintes prévisibles et inspiré par un esprit de clocher à propos du Québec.

L'auteur est chroniqueur politique au Globe and Mail.