Dans une lettre publiée le 14 juillet 2010 sur Cyberpresse, Germain Belzile et Pierre Desrochers de l'Institut économique de Montréal (IEDM) nient l'existence d'une pénurie de logement au Québec. Pour ce faire, ils comparent le taux d'inoccupation de Montréal à celui d'autres villes canadiennes ou encore à ce qu'il était au début des années 2000. D'emblée, il faut mentionner que les auteurs de la lettre omettent de spécifier que par convention, lorsque le taux d'inoccupation se situe en-deçà de 3%, il y a pénurie de logement. Pour l'ensemble de la province, le taux se situe à 2,5% et semble plus se stabiliser sous l'équilibre plutôt que tendre à se résorber.

Eve-Lyne Couturier et Guillaume Hébert CYBERPRESSE

En second lieu, il faut rappeler que la crise du logement ne se résume pas à la région de Montréal et que le taux d'inoccupation est en-deça de 1% dans certaines régions du Québec comme en Abitibi-Témiscamingue et dans la capitale nationale. Dans la ville de Québec, on trouve le taux d'inoccupation le plus bas (0,4%) de tous les centres urbains du Canada. Enfin, notons que pour les familles nombreuses, le taux d'inoccupation des logements de trois chambres et plus est respectivement de 2,1 % et 1,9 % à Montréal et dans les centres urbains du Québec.

Comme le taux d'inoccupation n'atteint jamais le seul d'équilibre de 3% depuis onze ans, le Québec demeure en situation de pénurie. Ceux qui en doutent seront convaincus par l'évolution fulgurante des prix des loyers. Encore une fois cette année, la hausse moyenne des loyers est de (3,8%), soit bien supérieure à celle de l'inflation (1,8%) ou à celles suggérées par la régie du logement (entre 0,8 et 1%). Évidemment, ces hausses de loyers restreignent l'abordabilité des logements, une mesure qui situe la part de revenu que les ménages consacrent à leur logement et qui constitue un bien meilleur indicateur que la simple énumération des loyers des autres villes canadiennes. Ainsi, on constate que les loyers ont augmenté bien plus rapidement au Québec (3,8%) qu'au Canada (2,5%) durant la dernière année. Bref, les loyers augmentent rapidement parce que la pénurie subsiste.

Contrairement à ce que soutient l'IEDM, l'IRIS a montré dans le passé comment la construction de logements locatifs est bel et bien rentable et comment les subventions aux locataires, bien que nécessaires temporairement pour les plus démunis, se transformeraient en subventions aux propriétaires si elles étaient appliquées comme solution permanente. En soustrayant les ménages en difficulté du marché locatif, le logement social (HLM, OSBL d'habitation, coopératives) permet d'offrir une alternative durable et abordable qui leur procure une certaine stabilité.

Pour finir, notons que les auteurs de la lettre de l'IEDM avancent que les investisseurs québécois « se sont tournés vers les fonds communs de placements et autres produits financiers » plutôt que vers la construction de logements locatifs car cette dernière n'était pas assez rentable. Il faudrait donc libérer le marché locatif des pesantes interventions étatiques pour encourager les investissements. Cette affirmation laisse songeur pour deux motifs.

D'abord, il s'agit d'une approche néolibérale qui consiste à axer le développement économique sur la déréglementation et l'inlassable poursuite d'un « climat favorable aux investisseurs ». Pourtant, la crédibilité de cette approche s'est effritée sans arrêt lors des 25 dernières années, jusqu'à recevoir son plus grand discrédit lors de la dernière récession qui trouve sa source dans une crise bancaire rendue possible par le laissez-faire économique.

Qui plus est, l'approche suggérée par l'IEDM face à la crise du logement devrait être considérée avec deux fois plus de méfiance puisque l'on traite d'un domaine vital à même titre que la santé ou l'eau, par exemple. Malgré la rente que ces « marchandises » procurent aux dépens de citoyen-nes devenus « clients » captifs, il faut surtout retenir que la situation présente du logement se caractérise d'abord par une incapacité du marché privé à faire correspondre les ressources avec les besoins de la collectivité.