On apprenait cette semaine que l'École des sciences de la gestion de l'UQAM allait offrir à ses étudiants une demi-douzaine de cours en anglais dans l'espoir de doubler les inscriptions d'étudiants étrangers.

Georges Boulanger<br><br><i>L'auteur est un blogueur qui réside à Montréal.</i>

Je ne veux pas faire de peine au recteur de l'université, Claude Corbo, ou aux patrons de l'école de gestion, mais avec ses six cours d'anglais, l'UQAM est comme un étudiant qui pense flasher à la rentrée avec une pagette. C'est parce qu'on est à l'ère de l'iPhone, chose.

Oui, l'anglais est partout dans le monde universitaire. C'est comme les jeans à la mode de l'année passée, tout le monde en a déjà acheté. Il y a des universités de langue anglaise à Beijing et Mexico. Même en France, on peut faire des diplômes uniquement en anglais.

À l'université de Corée, 30 % des cours sont en anglais et on vise 50 % pour l'an 2012. À l'Université nationale de Gyeongsang, on a créé une «zone anglaise» incluant une résidence étudiante où tous les employés, les concierges, les serveurs de la cafétéria, etc. sont des anglophones occidentaux. Il est interdit d'y parler coréen.

En fait, il y a tellement d'anglais disponible dans les universités du monde que même les pays anglophones n'arrivent plus à attirer les jeunes. Selon une étude du British Council publiée en 2004, les principaux pays anglophones doivent s'attendre à voir leur part de marché des étudiants internationaux diminuer au cours des prochaines décennies.

Déjà en 2005, quatre universités du Royaume-Uni sur cinq signalaient une baisse des inscriptions d'étudiants étrangers. En un an seulement, les inscriptions d'étudiants chinois avaient chutés de 50%. Les Chinois n'ont plus besoin de notre aide pour apprendre l'anglais. La Chine enseigne l'anglais à 20 millions de personnes par année. C'est un Canada anglais par année.

Avec ses six cours en anglais, l'UQÀM ne rejoindra pas l'élite universitaire, bien au contraire. Elle devient simplement un autre Winners de l'éducation, une autre revendeuse de surplus d'inventaire et d'anglais à rabais comme les Philippines, la Malaisie et la Thaïlande, des compétiteurs qui peuvent le faire beaucoup mieux, et pour bien moins cher que le Québec.

L'UQÀM veut s'ouvrir vers le monde, se préparer pour l'avenir et développer des nouveaux marchés d'étudiants étrangers? Il y a pourtant un immense et lucratif marché en plein développement: celui des étudiants anglophones qui veulent apprendre d'autres langues. En Angleterre, les jeunes diplômés et les gens d'affaires avisés s'inquiètent de plus en plus de leur désavantage stratégique dans un monde des affaires où tout le monde parle anglais. Quand tout le monde parle anglais ET français ET allemand ET mandarin, l'anglais ne procure plus aucun avantage stratégique.

En 2006, le président Georges W. Bush, qui n'est pourtant pas connu pour sa grande sensibilité culturelle, a lancé la National Security Language Initiative, un vaste programme ayant pour but la reconstruction complète de l'infrastructure d'enseignement des langues étrangères aux États-Unis.

L'UQÀM pourrait profiter de ces opportunités et de cette demande émergente. Le Québec pourrait regarder vers l'avenir au lieu du passé et se préparer pour l'espagnol, la véritable langue commune des Amériques et une langue qui prend de l'importance partout, même aux États-Unis.

Déjà, au Brésil et dans les Caraïbes, plusieurs pays qui se positionnent pour un éventuel marché commun ont réduit la place de l'anglais dans leurs systèmes d'éducations et l'ont remplacé par l'espagnol. On ajoute un peu de portugais et le Québec vient de s'imposer comme le centre intellectuel multilingue des Amériques.

Ce n'est pas que l'anglais n'a pas d'utilité dans le monde académique et dans le monde des affaires mais, aux dernières nouvelles, il n'y a pas de pénurie d'anglais au Québec. Tenter de se distinguer et attirer une nouvelle clientèle uniquement avec de l'anglais? Tellement 1996...