De nombreuses stratégies ont été mises en oeuvre pour remédier à la pénurie critique de médecins de famille de la province. Le doublement du nombre de diplômés en médecine de famille à partir de son niveau le plus bas en 2004, la suppression des plafonds de facturation et la création de groupes de médecine de famille ont tous été instaurés.

Mark Roper<br><i>Médecin, l'auteur est chef du département régional de médecine générale de Montréal.</i> CYBERPRESSE

Le 4 décembre dernier, le ministre Bolduc affirmait que la pénurie de médecins de famille serait résolue d'ici 2016. Toutefois, une analyse des récentes données diffusées par son propre ministère donne une image moins optimiste dans la plupart des régions de la province.

Globalement, ces données révèlent que, de 2004 à 2010, la population du Québec a augmenté de 5 % tandis que le nombre de médecins de famille a augmenté de 4,6 %. Compte tenu des besoins croissants d'une population vieillissante, ceci est loin de suffire pour maintenir le piètre statu quo. Il y a une grande différence entre régions au niveau des augmentations. Certaines régions montrent effectivement une augmentation significative de l'accès aux soins de première ligne : la Côte-Nord (+23,5 %), la Gaspésie (+19 %) et le Bas-Saint-Laurent (+18,3 %), principalement en raison des limites de recrutement dans les régions métropolitaines. Laval (-7 %), Montréal (-6,2 %) et les Laurentides (-4,8 %) enregistrent la plus forte baisse de l'accès aux soins de première ligne.

Montréal a désormais le niveau d'accès aux soins de première ligne le plus bas de la province : 11 % de moins que la moyenne québécoise. Il ne faut pas oublier que l'accès moyen est loin d 'être idéal dans une province où il manque déjà plus de 1000 médecins de famille.

En dépit de cette diminution d'accès, les médecins de Montréal ont été plus généreux de leur temps en desservant la population provenant d'autres régions. Un total de 15 % des services de médecine de famille à Montréal sont fournis à la population avoisinante (en hausse par rapport à 11 % en 2004). La seule population de la Montérégie a augmenté son recours aux médecins de famille de Montréal de l'équivalent de 29 à 48 médecins à temps complet de 2004 à 2010.

Le pire accès aux soins de première ligne est dans le secteur du CSSS de la Montagne (Parc-Extension, Côte-des-Neiges et Métro) avec un accès inférieur de 26 % à la moyenne. Il y a plusieurs médecins pratiquant dans ce secteur (105 en cabinets privés) mais seulement 62 d'entre eux desservent la communauté alors qu'il devrait y en avoir 92.

Malheureusement, le ministère affecte les médecins de famille sur la base du nombre de médecins par rapport à la population sans tenir compte de la clientèle qu'ils desservent. Il en résulte que le secteur a été limité à une recrue l'an dernier. De plus, on s'attend à ce que trois médecins prennent leur retraite cette année.

À part les disparités régionales, les restrictions de recrutement n'ont pas aidé la province à combler la pénurie de médecins de famille dans son ensemble, malgré l'augmentation du nombre de diplômés, car le recrutement a été limité à 90 % du nombre de ces derniers. On peut raisonnablement estimer que 140 médecins de famille formés au Québec ont quitté la province de 2004 à 2010.