Dimanche dernier, les médias nous apprenaient que Québec a dépensé 2,1 millions depuis 2008 pour angliciser nos immigrants francophones. Le problème est plus grand, et même s'il est tabou, il est essentiel que nous sachions comment sont intégrés nos immigrants, qu'ils soient francophones ou allophones.

Publié le 4 avr. 2012
Tania Longpré
L'auteure est enseignante en francisation.
CYBERPRESSE

Cette semaine, une de mes étudiantes en francisation a abandonné mon cours afin de s'inscrire à des cours d'anglais. Elle considérait qu'elle devait apprendre cette langue afin d'améliorer ses chances de trouver un emploi. Bien qu'on parle ici d'une pratique adoptée par une minorité de nouveaux arrivants, elle demeure quand même significative.

Certains immigrants apprennent le français et l'anglais en simultané et d'autres suivent des cours d'anglais lorsqu'ils terminent leur francisation. Certains ne se présentent jamais en francisation, valorisant plutôt l'anglais et d'autres ne font jamais ni l'un, ni l'autre.

Les commissions scolaires anglophones offrent des cours «d'anglais de base» aux immigrants. Ils ont le droit de le faire: l'éducation des adultes n'est effectivement pas régie par la loi 101. Il est évidemment regrettable d'apprendre que des étudiants abandonnent la francisation pour se consacrer à l'anglais.

Les nouveaux arrivants ne sont pas dupes: lorsqu'ils cherchent un travail, on leur mentionne souvent qu'ils se doivent de parler anglais. Ils se font dire par les employeurs que pour travailler à Montréal, il faut être bilingue. Un immigrant s'installe ici pour améliorer ses conditions de vie et celles-ci passent nécessairement par l'emploi. Pour lui, si un emploi en anglais est mieux rémunéré qu'un emploi en français, il n'hésitera pas un instant. Le message reçu sera qu'encore une fois, l'apprentissage du français n'est pas nécessaire pour réussir sa vie au Québec.

Bien sûr, il ne faut pas leur en vouloir s'ils souhaitent se donner les outils nécessaires pour mieux intégrer le marché du travail, mais je trouve aberrant que le gouvernement finance leur anglicisation et contribue ainsi à marginaliser la place du français au Québec. L'offre des commissions scolaires anglophones est tout à fait légale. Ils se permettent même de faire de la publicité dans le métro de Montréal, ou dans les hebdomadaires locaux des quartiers multiethniques. C'est la même chose pour les diplômes de formation professionnelle: n'étant pas non plus régis par la loi 101, plusieurs y poursuivent leurs études en anglais.

Alors que le système d'éducation forme les jeunes en français, il délaisse plusieurs adultes, ceux qui sont pourtant en âge de travailler et de contribuer à leur nouvelle société. Dommage surtout lorsqu'on sait que les études fournissent le vocabulaire technique nécessaire au monde du travail. Si la formation est donnée en anglais, l'adulte en question sera beaucoup plus susceptible de travailler dans un milieu anglophone et de s'intégrer à la minorité anglophone du Québec. Le Québec, qui reçoit de plus en plus d'immigrants, doit se poser des questions, et surtout, faire en sorte que nos nouveaux arrivants puissent contribuer à la pérennité d'une société francophone.